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Conair an Bhaird - The Bard's Path
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Conair an Bhaird - The Bard's Path
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30 mai 2011

Principes Sauvages

Ce soir, l'orage a grondé. Après une journée étouffante de lourdeur, enfin, le vent s'est levé en rafales et la pluie s'est mise à marteler la terre brûlante. Alors que la tempête s'éloignait pour laisser place au calme de la nuit, j'ai savouré un peu cette atmosphère que j'aime tant : l'odeur encore présente de la pluie, entre terre humide et feuilles dégoulinantes, et celle, plus évanescente, de l'ozone du ciel encore chaud. Je regrette juste une chose, que l'orage soit passé très (trop) rapidement au-dessus de nous. Car j'aime l'orage, comme j'aime la pluie, la nuit, le gel et toutes ces choses que les gens "civilisés" craignent et détestent. Parce que je ne suis pas civilisée. Parce que je suis une vile sauvageonne, qui adore quand les éléments se déchaînent et montrent aux hommes, pendant quelques instants, qu'ils restent les maîtres du monde, et que nous ne sommes jamais que des crottes de mouche sur l'immense pare-brise de l'univers.

En plus des Eléments conventionnels que sont la Terre, l'Air, le Feu et l'Eau, j'aime aussi travailler avec les merveilles qu'ils composent et tissent dans le paysage de notre belle planète. Depuis longtemps, je cherchais des idées, des inspirations pour me construire un outil de divination particulier, entre rune, ogham, oracle et osselets, mais sans trop savoir quels symboles y faire figurer (j'ai des envies de symboles très simples, primitifs, comme sortis du fond des âges et investis de l'essence primordiale des éléments dont ils tirent leur signification). Alors que je ne suis toujours pas certaine du support que je choisirai (j'ai des envies d'os, mais cela risque d'être difficile à mettre en place), je crois que j'ai trouvé une grande partie de mes symboles, puisqu'il s'agira finalement de ces éléments naturels que j'aime tant et qui font vibrer ma chair et mon sang.

La Forêt, d'abord. Mon amie, mon cocon, la matrice primordiale d'où la vie explose. J'ai eu la chance d'être sensibilisée très tôt à la forêt, grâce à mon père, fervent chasseur de champignons et autres compagnons des bois, qui m'y a emmenée dès mon plus jeune âge. La forêt est mon refuge. Elle donne abri, nourriture, protection. Elle nous sauve de la décrépitude et de la dépravation de la ville, nous souffle les secrets du monde ancestral par les voix bruissantes des arbres sans âge. Elle est notre survie, la luxuriance de l'existence.

La Fontaine (ou la Source), ensuite. Depuis ma visite à la Fontaine de Barenton et l'incroyable osmose que j'ai ressentie avec elle, la fontaine a plus que jamais une place privilégiée dans mon coeur et mon âme. Elle est celle qui murmure les secrets de l'Eau, qui galope, libre et pourtant guidée au coeur d'un lit chantant. Le petit filet d'eau qui lui donne naissance ne fait qu'enfler et grandir au fil de son écoulement, devenant ruisseau, rivière, fleuve, océan, nous encourageant à aller plus loin, à penser plus profondément, à aimer avec plus d'ardeur et de vigueur chaque jour. Elle creuse la pierre en riant, emporte des charges beaucoup plus lourdes qu'elle sans en ressentir la moindre fatigue et abreuve la Terre avec une générosité profonde. Elle est une source insoupçonnée de pouvoir à l'état pur.

Le Vent. Ah, le Vent. Il n'est pas toujours mon meilleur ami, loin de là. Il nous arrive même parfois d'être en conflit, mais jamais d'une manière destructrice. Je crois qu'au fond je ne le comprends pas toujours. Il me semble tellement joueur, tellement violent sans forcément le savoir, tellement invincible, qu'il m'effraie un peu, au fond. Combien de fois ai-je pesté contre lui en ramassant avec tristesse des branches qu'il avait impitoyablement arraché dans mon jardin, des plantes amies arrachées par son souffle fou ? Mais je ne lui en veux pas. Il est comme un enfant géant qui ne s'aperçoit pas de sa propre force, de son potentiel destructeur, et qui ne pense qu'à jouer. Mais quand il chasse les lourds nuages qui cachent le soleil en nous offrant une éclaircie, on ne peut que le bénir ...

La Pierre. Elle est l'os de la Terre, son squelette, figé et immobile au premier abord, semblant indestructible, et pourtant parfois vibrante de vie et de pouvoir. Elle est issue du coeur de la Terre, et revêt des formes aussi diverses et multiples que les végétaux : roches, cristaux, gemmes, galets, sable ... De l'immense montagne qui semble frôler le ciel au minuscule grain de silice usé par la mer, la pierre est partout. J'aime travailler avec elle, entendre sa voix sourde, presque inaudible mais chargée de la sagesse des siècles et de l'immobilisme, sentir sa pulsation communier avec mes os dans un murmure minéral.

L'Orage. Evidemment. Ah, que j'aime l'Orage ! Oui, il peut être destructeur, mais sa beauté apocalyptique est tellement monstrueusement majestueuse à mes yeux qu'elle me transcende totalement. J'aime l'éblouissement électrique des éclairs qui déchirent le ciel en craquelures de lumière, le grondement sourd et ténébreux du tonnerre, comme la voix enrouée d'un aïeul ancestral, tapi quelque part dans les nuées, et qui se gausserait d'un rire rauque de nous, pauvres mortels. Quand j'étais petite, ma mère me racontait que les roulements de tonnerre étaient produits par deux nuages qui se cognaient dans le ciel. J'ai toujours aimé cette image fantaisiste de deux colosses cotoneux vibrant de colère entrant en collision dans le ciel d'un noir d'encre.

La Racine. J'en avais déjà parlé sur mon blog précédent, mes racines sont importantes pour moi, donc celles des arbres le sont également. J'aime l'idée de s'ancrer dans la terre pour garder un contact ferme avec le sol d'où l'on est issu, même si cela ne se fait pas de manière visible. Les racines sont souvent invisibles, cachées en profondeur, mais elles peuvent s'étendre sur d'immenses distances dans l'obscurité rassurante du sol fertile. Elles nourrissent, assurent la stabilité, la survie. Leur croissance est lente, mais leur force est titanesque. Elle peuvent arracher les murs, les routes, les maisons, réduire à néant les travaux des hommes et coloniser les espaces qu'ils ont délaissés.

La Pluie. Mon amie chanteuse. J'aime la Pluie. J'aime sa voix humide, les notes cristallines qu'elle fredonne en clapotant sur le monde, les arbres, la terre, les toits et les carreaux. Combien de fois m'a-t-elle bercé de chansonnettes en tapotant de ses doigts mouillés le velux de ma chambre ? J'aime aussi son odeur, cette fragrance d'humus et de végétal humide qui s'attarde dans l'air moite après son passage. J'aime le soulagement qu'elle procure lors des chaudes journées d'été où elle vient apporter sa fraîcheur libératrice. Et je l'aime aussi en hiver, quoi qu'en disent les mauvaises langues.

La Nuit. Ah, si je pouvais vivre la nuit ! L'obscurité fait souvent peur, et beaucoup n'imaginent pas passer une nuit autrement qu'en se réfugiant dans le sommeil pour attendre le retour du jour et de la lumière. Mais j'aime vivre la nuit, dans ce faux silence grouillant d'une vie discrète que les habitants diurnes ignorent. La nuit inspire, ressource, murmure, si l'on prend la peine de l'écouter et de s'unir à elle.

La Sève. Elle est le sucre de la vie. Je vois beaucoup de païennes sur le net qui prônent à outrance l'usage du sel, sel par ci, sel par là, en oubliant que s'il est vrai que le sel est un protecteur hors pair, c'est aussi un agent stérilisant, qui conserve et désinfecte, mais tue et brûle. Il suffit de verser du sel dans une plaie pour s'en convaincre. Alors que le sucre est la vie incarnée, la sève, le nectar des fleurs, le miel, le suc des fruits nourriciers. La sève sucrée des arbres coule sous leur écorce comme un sang végétal, acheminant la vie dans ses méandres ambrées.

Le Givre. Il est la caresse de l'Hiver. J'adore les motifs psychédéliques qu'il dessine partout, ces cristaux d'une perfection géométrique éblouissante, tous uniques, qu'il dépose sur les vitres les matins d'hiver. Il peut tuer dans un baiser de mort, certes, mais il sublime tellement le monde en lui donnant des airs de pâtisserie saupoudrée de sucre glace qu'on peut lui pardonner sa cruauté. Et puis la mort qu'il charrie n'est pas toujours négative, puisqu'elle permet de tuer le surplus des ennemis naturels des fragiles végétaux de printemps ...

La Brume. Elle est parfois traîtresse, elle dissimule le monde comme un secret, elle égare, elle noie, elle absorbe, elle aveugle. Mais être égaré par elle peut permettre de se retrouver, d'emprunter un chemin perdu pour mieux retrouver la voie. J'ai toujours eu l'impression que la Brume pouvait cacher le chemin vers un autre monde, Faery, l'Annwn, Avalon, qu'elle représentait l'opportunité de traverser un passage magique pour rejoindre une autre réalité très proche de la nôtre, et pourtant invisible en temps normal.

La Mer. Je ne suis pourtant pas née au bord de la mer, mais j'aimerais de tout coeur vivre auprès d'elle. Elle est vie et mort réunie dans un ressac incessant. Elle nourrit et noie, donne et prend, offre et emporte, sans relâche. Son grondement est l'écho de celui de l'orage, une voix à la fois terrible et rassurante. Elle représente un monde auquel l'univers nous donne un droit d'accès, mais qui ne nous acceptera jamais vraiment. Ses eaux profondes abritens les doyens de notre planète, des bactéries qui ont donné naissance à tous les êtres vivants aux géants de notre temps, Dame Baleine en tête.

Le Sang. Il est au corps animal ce que la sève est au végétal. Si la sève est lee Vert primordial, le sang est le Rouge vital, qui pulse dans chaque battement de coeur, goutte par chaque blessure. Il faudra d'ailleurs que je revienne sur le sang plus longuement dans un prochain article, puisque contrairement à beaucoup, je distingue deux sangs dans le corps humain (et dans le corps féminin en particulier). Le sang ne porte pas que les nutriments, il véhicule également le code génétique, l'essence même de notre être.

L'Os. Il est la pierre des corps de chair et de sang. Lorsque l'un de ces corps meurt, l'os est son reste le plus pérenne, le plus prégnant. Pour moi, si l'esprit d'un être peut s'attacher à quelque chose, alors c'est à l'os qu'il adhèrera. J'aime en tous cas penser que je peux encore m'adresser à l'esprit du titanesque animal auquel les os et fossiles que je possède appartenaient. Les os donnent de la cohérence à la masse de chair, ils lui permettent de se mouvoir, de revêtir une forme particulière et identifiable. Ils donnent l'identité intérieure de l'être. Le sang permet de reconnaître chaque individu, l'os permet d'identifier chaque espèce, et de déterminer son vécu, au travers des différents traumatismes et tensions qu'il peut subir tout au long de la vie. 

La Musique. Forcément. C'est un principe sauvage particulier, j'en conviens. Mais la Musique fait partie de la vie sauvage, pour moi. Chacun des éléments dont je viens de parler a sa propre voix, son propre chant. Toutes ces voix combinées en un choeur harmonieux construisent la Mélodie du Monde. Même le silence a une voix. Tolkien, dans le Silmarillion, a parlé d'une cosmogonie particulière, faisant naître l'univers à partir d'une Musique Primordiale. J'aime cette idée. J'aime pense que le Monde est Musique, qu'il est né de la Musique, et mourra de la Musique. Que la Vie est Musique. Que la Mort est Musique. Que l'éternité est Musique. Que, finalement, Tout est Musique.


Ceci n'est qu'un premier jet, une ébauche de réflexion, dont certains aspects un peu plus intimes seront gardés dans les pages de mon journal. Mais je voulais tout de même en parler ici, puisqu'il s'agit, finalement, d'un aspect très important de ma spiritualité ...

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Commentaires
P
Au plaisir! ;) (pour l'instant je fouine.... :) )
L
Voilà un commentaire comme je les aime, merci beaucoup à toi d'avoir laissé une trace de ton passage ;) <br /> J'adore également Mabon, d'Omnia, et je suis particulièrement flattée que tu veuilles lire mon article sur un fond musical aussi agréable !<br /> <br /> A très bientôt j'espère !
P
J'adore! Très très beaucoup (si si, c'est vrai! ;) )! Du coup je me suis permise un petit "j'aime" qui a atterrit directement sur mon mur facebook (donc si ça te gène, dis-moi que je le vire). Et je tiens aussi à signaler que la lecture de cet article est encore plus agréable avec "mabon" d'Omnia (pour celles/ceux qui voudraient tester....)<br /> <br /> Et pour finir, j'ai eu exactement la même réaction que toi quand je suis allée à la fontaine de barenton. Pourtant "touristiquement" parlant c'est pas l'endroit le plus mieux, mais n'empêche y'a un truc qui fait que. Perso, j'y suis allée fin septembre, et avec les feuilles de bouleaux qui virevoltaient dans tous les sens c'était véritablement magique.... Sur ce j'arrête de raconter ma vie!<br /> Signée: une autre païenne future chauve à force d'offrir ses cheveux à tous vents!^^
L
Pas vraiment un ogham, mais un jeu divinatoire, oui, sans doute des pictogrammes sur des pierres ou des rondelles de bois :)
L
J'aime beaucoup la réflexion sur ces symboles et éléments. Tu vas créer ton ogham avec eux alors?
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