Chemins de Lumière - Nouveaux commencements
Il y a quelques temps, Valiel remettait au goût du jour sur son blog dédié à Belenos le travail axé sur le dessin comme cheminement créatif et spirituel. Le principe ? Un thème par semaine, sur 4 semaines, et libre à chacun de laisser parler ses muses pour réaliser une production personnelle assortie d'une explication. Comme j'aime bien gribouiller, j'ai décidé de me lancer dans l'aventure pour le second cycle !
Il a commencé le 29 octobre, mais un contretemps matériel (une collègue a mis un temps considérable à me rendre mon appareil photo) (j'ai cru que j'allais la tuer) (je ne lui prêterai plus jamais rien) a fait que je ne peux poster qu'en retard, aujourd'hui.
Le thème de la première semaine était "Nouveau Commencement" (d'où le titre de cet article, faut suivre, hein). J'avoue que je me suis lancée sur ce dessin sans réelle idée de départ, sans savoir ce que j'allais bien pouvoir faire, non d'une méduse à charentaises. Il en sorti ... ça :
Oui, moi aussi je suis très surprise. Comment suis-je dons arrivée de "Nouveau Commencement" à une jeune grinchue appuyée contre un palmier, très illustration pour roman jeunesse délavé, un brin simpliste, et si futile à première vue ? Et puis je me suis aperçue que cette jeune femme, qui tourne le dos à la mer qui semble juste lui tendre les bras, c'est un peu moi. Moi, ma vie d'avant, ma vie d'aujourd'hui. J'ai beau ne plus être brune mais rousse, ne pas porter aussi bien le jean moulant, cette boudeuse, c'est moi.
La mer derrière elle, cette mer si belle et tentatrice, promettant de longues heures de délice et de farniente dans ses eaux tièdes et turquoises (oui, bon, ça ne se voit pas franchement sur le dessin, je vous l'accorde, mais c'est l'idée), c'est ma vie d'avant. Ma vie d'étudiante, ma vie rêvée, ma vie de jeunette sans souci, ma vie de fauchée qui s'en fout, ma vie de midinette en rayures en haut, tartan en bas, ma vie de souris d'université, ma vie en Histoire de l'Art, ma vie de clermontoise, ma vie de marche à pied, ma vie avec la musique à fond, ma vie que j'aimais tant, sans le savoir alors. Cette vie à laquelle je dois maintenant renoncer, celle à laquelle je dois tourner le dos, parce que je n'ai plus 19 ans, que je ne suis plus à la fac, et que porter rayures en haut et tartan en bas, dans mon métier, ça ne se fait pas.
La jeune femme regarde en fronçant les sourcils vers quelque chose que l'on ne voit pas. Ce quelque chose invisible, c'est ma vie de maintenant. Ma vie qui m'oblige à renoncer à tant de choses que j'aimais, ma vie pleine de responsabilité, ma vie de salariée, ma vie de femme bien sage, ma vie au volant d'une voiture matin et soir, ma vie de déjeûners en tupperware, ma vie en photocopies, ma vie en poussière de craie, ma vie en naufragée sur une île que tous ont déserté pour un ailleurs où je ne suis pas. Ma vie d'adulte.
Le palmier est un lien entre les deux. J'ai beau tourner le dos à la mer, je l'entends toujours derrière moi, je sens son odeur iodée lorsque je prends une longue inspiration, je vois ses reflets dans l'azur du ciel, je perçois le goût du sel qu'elle dépose encore sur mes lèvres, et je sens contre mon dos l'écorce rugueuse du palmier au travers de la veste de mon tailleur. Ce palmier restera toujours dans mon dos, pour me rappeler qui j'étais, qui je suis.
Même en tailleur, en escarpins, cheveux-chignons, air sérieux et sourcils épilés pile, je suis encore, au plus profond de moi, cette jeune fille en mini-jupe écossaise, converses dépareillées, cheveux flamboyants offerts au vent, yeux remplis des étoiles que mes rêves y laissaient chaque matin. Ne serait-ce que dans mes rares moments de "days off", où je délaisse mes dossiers pour des romans, mes craies pour ma guitare, ma veste noire pour une robe en dentelle rouge, où je chante à tue-tête au volant de ma voiture en battant la mesure sur le volant. Il faut juste que je prenne garde à ne jamais l'oublier, pour garder le cap de ce Nouveau Commencement, une fleur hawaïenne invisible glissée dans mon chignon ...
