Improvisation et intuition
Bon, une chose est claire, je suis un sale électron libre.
Du genre à invoquer les Quartiers en commençant par la Terre, à tracer un Triple Cercle widdershins (comprenez dans le sens inverse des aiguilles d'une montre), à tenir un Grimoire sans ordre défini et à ouvrir une cérémonie en jouant de la guimbarde.
Mais je me suis aperçue récemment, en lisant des blogs, des ouvrages et des articles, que j'étais aussi complètement différente dans mon fonctionnement rituel, puisque je ne pratique absolument pas en suivant les "codes" préétablis (que je suis pourtant la première à recommander les rares fois où l'on m'a demandé conseil) (du temps de feu "Le Grimoire de Lyra) (bref, faites ce que je dis, pas ce que je fais), et que, bien souvent, je ne prépare même pas ce que je vais accomplir (un scandale) (mon côté feignasse, sans doute).
Du coup, comme je suis une sale curieuse aussi (décidément, je cumule les défauts), je me suis dis que cet article pourrait être un moyen de savoir comment chacun et chacune d'entre nous procède généralement pour accomplir un rituel/charme/sort/action de grâce. Histoire non pas de se copier les uns sur les autres (on n'est plus à l'école, par Belenos) (enfin si, mais pas dans le même état d'esprit qu'avant) (enfin si, un peu mais ... bref), mais peut-être pourquoi pas de puiser de l'inspiration dans la routine de chacun. Vous savez, quand on lit le témoignage de quelqu'un et que quelque chose en nous fait "tilt", qu'une petit ampoule s'allume dans un recoin de nos neurones et qu'une petite voix nous murmure à l'oreille "mais oui, c'est une drôlement bonne idée ça, et si je tentais ?".
Donc, voici ma routine à moi.
Dans un premier temps, généralement, je prends quelques jours pour réfléchir à la direction que je veux donner à mon intention. Je veux dire par là que, généralement, on utilise la sorcellerie dans un but précis, pour accomplir une tâche, résoudre un problème, apporter ou repousser quelque chose. Pendant quelques jours donc, je me demande ce dont j'ai réellement besoin, la volonté que je dois insuffler à ce que je m'apprête à faire. L'année dernière, par exemple, lassée de mon célibat, j'ai eu des envies de charmes amoureux. Mais en réfléchissant, je me suis aperçue que ce n'était pas d'un charme pour attirer une personne dont j'avais besoin (ça, je pouvais le faire en enfilant une jolie robe et en débitant des blagues à bide) (oui, je drague comme un mec) (avec une robe), mais avant tout d'un petit quelque chose pour être prête à accueillir quelqu'un dans ma vie, quelque chose pour faire table rase de mes peurs, de mes blocages, et des préjugés que j'avais sur les relations amoureuses (et vu les fiascos par lesquels je suis passée, autant vous dire qu'il y avait du boulot). Résultat des courses, c'est un charme de guérison que je me suis lancé.
Cette petite phase d'introspection permet souvent d'éviter des écueils terribles et de disperser son énergie là où finalement elle ne sera que peu ou pas utile ...
Dans un second temps, une fois que je sais la direction que je vais prendre, je choisis le moment. Bon, cette phase n'est pas toujours respectée dans la mesure où parfois l'urgence l'emporte, mais j'ai besoin d'être en phase avec l'instant pendant lequel je vais travailler. Généralement, je pratique de nuit, je dois donc jongler avec mes horaires et obligations professionnelles, et si je ne tiens absolument aucun compte des heures planétaires (les maths m'ont toujours gonflée au plus haut point), je tiens en revanche compte des jours de la semaine et des phases de la lune.
Sachant que je ne pratique jamais le dimanche car je déteste ce jour, et y insufflerai donc des influences négatives si je m'avisais de travailler ce jour-là. Même en vacances, oui oui. Tant pis pour les pouvoirs solaires ...
Jusque là, rien d'inhabituel, je suis même plutôt organisée, codifiée, sage et disciplinée.
Sauf que ...
Sauf que c'est après que ça part en queue de Balrog.
J'ai mon intention (je veux par exemple me guérir d'une crise de cauchemars), mon jour (je vais faire tout ça un vendredi, pour apporter guérison et douceur), tout va bien sauf que ...
Sauf que le troisième temps est un joyeux bazar.
Généralement, j'ouvre ma malle, sors les outils des Quartiers (quand j'invoque les Quartiers, ce n'est pas systématique, mais j'aime pratiquer dans un Cercle, au milieu d'un cercle de bougies), un de mes trois chaudrons, voire deux, voire les trois, chope des bocaux de plantes qui me paraissent, à vue de nez, convenir à mon intention (je ne vérifie même pas dans un livre, c'est une phase réellement intuitive, où ma main se balade au-dessus de mes pots et attrape ceux qui me semblent avoir une bonne bouille de plantes efficaces), des symboles, des objets, des bougies, des sachets d'une couleur qui m'appellent ou des fioles si j'ai des envies de potions, du papier, de quoi écrire, mon Carnet de Cercle et un stylo, parfois mon Gros Bouquin, bref, tout un attirail parfois très hétéroclite et bordélique, que parfois je n'utilise même pas.
Et je tambouille. Je commence par tracer le Cercle (quand j'en trace un, mais j'avoue le faire souvent, car (je me répète) j'adooore ça), invoquer les Quartiers, parfois une divinité ou deux, et ensuite, seulement ensuite, j'écris mon rituel. Je regarde ce que j'ai rassemblé, et c'est seulement à ce moment-là, dans le Cercle, en présence des Quartiers et des divinités (que j'imagine souvent d'ailleurs attendant impatiemment, bras croisés et pieds tapotant le sol (pour ceux qui ont des pieds), avec un regard réprobateur signifiant "et mince, revoilà l'autre courge, elle va ENCORE nous faire attendre") que tout prend forme dans ma tête. Je choisis des ingrédients, parfois j'écarte ceux qui finalement n'ont plus leur place, je me décide sur la forme que prendra le résultat (sachet ? potion ? encens ? offrande ? psalmodie ? un peu de tout ça à la fois ?), et j'écris mon brouillon de rituel dans mon Carnet. Avec la formule, le plus souvent (je suis une aficionada des formules) (rimées) (et souvent en alexandrins). Et après, mon petit carnet plein de pâtés et de ratures ouvert entre mes orteils, je me lance.
Jusqu'à présent je ne m'étais pas vraiment demandé pourquoi je pratiquais ainsi. Pourquoi cette première étape très stricte et sereine, et ce passage à l'acte totalement instinctif juste derrière. Je pensais que c'était parce que je fonctionnais comme ça, au flair, sans réfléchir.
Mais c'est faux. Je suis une sale cérébrale.
Alors pourquoi ?
Je me suis aperçue qu'en fait, ce passage de "désordre dans le Cercle, attachez-vos-ceintures-je-vais-gribouiller-sur-mon-Carnet", loin d'être en fait une perte de temps inutile dans l'espace sacré, était en fait vital, pour moi. Justement parce que je suis une sale cérébrale. Ce moment, c'est 50% de mon travail magique, 50% de l'efficacité du charme que je tisse. Parce que, alors même que je gribouille dans mon Carnet, que je trie mes ingrédients et que j'imagine la bobine de mon rituel, tout ce travail cérébral monte en énergie dans le Cercle, et y reste emprisonné pour soutenir les énergies d'intention que je m'apprête à relâcher juste après. Un peu comme une base, une fondation qui permettra à ma Volonté de tenir, de rester et d'aller au bon endroit.
Une sous-couche avant une peinture, si vous voulez.
Une cuillérée de farine dans le plat avant d'y couler le gâteau.
Une base pour paupière avant le maquillage.
Toutes ces choses ne sont certes pas entièrement indispensables, mais sans elles, la peinture risque de s'écailler, le gâteau d'accrocher après la cuisson, le maquillage de couler façon yeux de panda en fin de journée. Enfin, vous avez compris l'idée.
Bref, je m'aperçoit qu'au fond, comme mon Grimoire (que je passe des heures et des heures à calligraphier, qui me fait pleurer des larmes de rages quand j'y fais un pâté mais qui à côté de ça est un bazar sans nom en toute impunité), ma pratique est à mon image : réfléchie, mais avec cette pointe d'improvisation que je mets systématiquement dans tout ce que je fais ...
Et vous alors ? Comment procédez-vous ?

