Tabula rasa
En ce moment, j'ai envie de changer beaucoup de choses à ma vie et à ma pratique. Je repense des théories et des systèmes de croyances, je dépoussière et jette aux orties de mauvaises habitudes qui ne collent plus avec mes convictions actuelles, je fais du neuf avec du vieux, du vieux avec du neuf, j'ai des envies de retour aux sources et en même temps d'évolution profonde, bref, ça fume sévère sous ma tignasse rousse-rousse.
Je m'aperçois de plus en plus que je ne colle pas (plus ?) au système habituel du paganisme (entendez par là "je fête les Sabbats à date fixe, j'honore la pleine lune et j'ai une divinité patronne à laquelle je me dévoue corps et âme"). C'est bien joli tout ça, mais j'ai fêté Beltane le 12 mai, Litha les 19, 20, 21 et 24 juin (oui avec un trou de deux jours, so what ?), j'honore aussi la lune noire et même les phases dont tout le monde se fout éperdument et côté divinité patronne, c'est encore un hard paganisme qui m'empêche totalement de faire un choix éclairé, puisque clairement si on me demandait de me dédier corps et âme à l'un ou l'une d'entre elles, je serai bien embarrassée (il y en a même dont je ne connais pas le nom, alors aller me dédier, merci bien). Du coup je me suis dit tant pis, quitte à détonner (encore) dans ce milieu où pourtant je me sens si bien, autant suivre de mon côté mon petit bonhomme de chemin.
Et je me sens bien.
Oui enfin ...
Oui enfin il y a quand même un petit détail qui me turlupine un brin. Détail pas si petit que ça d'ailleurs, puisqu'il s'agit ... de mon autel.
Pour faire court ? Il me sort par les yeux.
C'est bien simple, depuis que je me suis mise à utiliser un autel (il y a plus d'une douzaine d'années maintenant, aïe ...), c'est invariablement la même chanson. Et je te mets des bougies aux couleurs du Sabbat, et je te mets des symboles et des chouettes décos jolies en rapport avec le Sabbat, et je te fais un beau décor hyper réfléchi pour illustrer le Sabbat et je ... Et je fais de la déco de Sabbat, en fait. C'est bien simple, il m'aura fallu douze ans pour m'en apercevoir, mais, mon autel, voilà à quoi il sert : à faire joli ! Une fois qu'il est fait, je le laisse macérer un mois et demi, et au Sabbat suivant, on défait tout et on recommence. Et, entre temps, il prend sagement la poussière, puisque je ne travaille jamais dessus (ben non, réfléchis, c'est de la déco, faudrait pas le déranger ...). Quand je trace un cercle, j'en fait un autre, un temporaire, un petit, un vrai, avec mes outils, mes tambouilles et des coulures de bougies. Un vivant, mais un que je replie sitôt l'affaire finie !
Par les orteils de Belenos, quelle infamie.
Je m'aperçois (toujours douze ans plus tard, elle est longue à la détente, la Lyra), qu'en fait, à y bien réfléchir, je n'ai jamais eu d'autel. De vrai, de vivant, de plein d'outils, d'encens, de bougies et d'offrandes, sur lequel prier et travailler. J'ai des envies de sortir sur mon balcon et de m'y jeter. Mais je suis seulement au 2ème étage, je me louperais.
Du coup, aujourd'hui, armée d'un swiffer (la ménagère en moi a trouvé son maître à épousseter), d'un carton pour ranger les trucs qui ne servent à rien et de la clef de ma malle pour sortir mes outils, j'ai tout enlevé, tout nettoyé, et tout repensé. Il m'aura fallu près de deux heures pour arriver enfin à quelque chose qui me ressemble, un autel à l'image de ma pratique*, sur lequel je pourrais travailler, faire des offrandes, et prier. Finis les décors saisonniers jolis-jolis-qui-font-cuicui-dans-les-prairies, bonjour praticité et usage réfléchi.
Oui, c'est le bazar. Mais un bazar organisé, comme dans ma caboche d'illuminée. Quelques zooms pour vous expliquer :
Sur l'extrême gauche, un bol d'offrandes aux déités sylvestres, celles avec lesquelles je travaille beaucoup (de la plus modeste "dryade" d'une plante à l'esprit de la Forêt lui-même, je ne hiérarchise pas) avec pommes de pin, blé et branches. La plupart des pommes de pin viennent de Brocéliande, pour illustrer mon histoire particulière avec cette forêt (où contrairement à la majorité des touristes - et des païens, hélas - je m'écarte grandement des sentiers battus pour me dégotter des petits coins sympas où sorceller en toute impunité), et j'ai glissé Tartanpion (mais si, rappelle toi, c'est le rectangle de tricot en jacquard façon tartan que j'avais confectionné pour un Imbolc, il y a quelques années) sous le bol, histoire de me rappeler mes racines celtes, noms de dieux.
A côté, le coin "Air" (bien qu'en fait je n'ai pas de coin à Eléments, mais là bizarrement on retrouve plusieurs outils associés à l'Air rassemblés en un même point ... Donc bon), avec mon encensoir (qui est resté trop longtemps caché, alors qu'il est siii joli et qu'il diffuse siii bien), ma ptite cloche au son joli, une plume de pie et une mini chouette en bois peint pour représenter mes guides oiseaux, et une petit cassolette en terre cuite (faite main par un artisan rencontré en fête médiévale) qui sera destinée à contenir des préparations d'encens à faire brûler. A côté de l'encensoir, c'est plus pratique. Parce que là est le mot clé : PRATIQUE. Cet autel doit être avant tout un lieu de TRAVAIL. Noms de dieux (bis).
A côté encore, le mini dolmen ramené de Brocéliance avec pierres et pommes de pin de cette même forêt, et ma Brideàg à Birgid qui, même si elle n'est pas à proprement parler ma "Déesse Patronne" (j'aime pas, ça sonne trop PDG pour moi) représente énormément à mes yeux (une bonne copine, on va dire, qui me met quelques baffes quand j'en ai besoin mais sait aussi me tendre un mouchoir).
Le tout surmonté par mon bon vieux bougeoir chéri, le gros, le lourd, le marron à torsades que j'ai piqué à ma mère il y a plus de dix ans, sur lequel j'ai accroché mon collier de prière masculin et dans lequel j'ai coincé un sachet qui contient ... et bien un machin spirituel personnel. On va pas tout dévoiler, oh.
Note qu'il sert également à caler mon grimoire de poche (alias Mini Grim') contre le mur. Pratique, j'ai dit. Noms de ... ouais, bon.
Au centre, une bougie votive (bleue. Pourquoi ? Parce que, je trouve cette couleur calme et apaisante, parfaite pour une petite offrande improvisée) sur un bougeoir-trépied, sous lequel se cachent quelques bidules qui ont du sens et une histoire pour moi (coquille d'escargot blanche, une paire de silex trouvés en forêt de Tronçais avec lesquels mon père m'a appris à faire des étincelles pour allumer un feu, une fleur sèche d'hortensia, un marron d'Inde, mon vieux triskell en cuir rouge), et deux autres votives (à gauche une merveille parfumée à l'ambre gris artisanal, achetée à Vezelay, une autre dans une bobèche appartenant à ma grand-mère, rose cette fois. Parce que) autour d'un coquillage qui servira de bol d'offrande (vide, pour l'instant, je n'ai pas encore consacré mon autel, patience, mon ami). Et puis ma fiole chérie, mon premier chaudron et mon calice de voyage (qui est en réalité un coquetier en olivier) au fond à droite.
Le tout sur des napperons faits main par ma grand-mère qui savait tout faire. (ils ne sont pas de la même couleur ni du même coton, j'aime leur accumulation et leur contraste).
Tout au fond tout au fond tout au fond, dans l'étui de soie sauvage noire, ma baguette pique un roupillon.
Enfin, sur la droite, la coupelle des Ancêtres (avec miroir, coquillages, corail, fleurs ramassées sur les tombes et le sautoir de ma grand-mère paternelle), quelques outils de divination (mes pendules dans les deux petits sachets au premier plan, mon oracle dans la bourse de cuir noir derrière), un bougeoir balance que j'adore (l'un de mes tous premiers achats de sorcière, quand j'avais 12 ans) et sur lequel j'ai accroché un pentacle, parce que j'aime ce symbole, malgré les dérives dont il est victime, mon athamé sagement rangé dans son étui, et une théière miniature (symbole hautement perso que peu de gens peuvent comprendre) avec un mini chaudron en cuivre à l'arrière plan.
* Parce que oui, elle a pas mal évolué, elle aussi. C'est même le point de départ de tout ce remue-méninge. Depuis ma traversée du désert (poinpoinpoinpoiiiiiiin) j'ai opéré un complet retour aux sources, à une magie beaucoup plus instinctive, épurée, simple et naturelle. Quelque part entre sorcellerie des campagnes et magie du sang, hedgewitchery et paganisme en vrac. J'ai retissé un lien presque oublié avec les esprits des plantes et des pierres (qui sont parmi les divinités de mon panthéon), la magie sauvage élaborée sur le tas, en extérieur, avec des symboles tracés dans la terre humide avec un bout de bâton et des pierres coupantes entre les doigts. Quelque chose d'instinctif, de primordial, presque archaïque, au plus proche des racines, de la "Basse Magie" décrite dans les grimoires. Pas facile à mettre en mots, en somme. Mais il est plus de minuit, et je m'exprime mal.
Et puis ... ce n'est pas le genre de magie qui s'explique, elle est plutôt du ressort ... de la pratique !



