Vivre son paganisme
Vous l'avez peut-être remarqué, cela circule pas mal sur la toile païenne en ce moment, cette réflexion (engagée à l'origine par Morgana Viviane Valiëra sur la page Facebook News et liens païens) sur la manière dont les païens vivaient leur spiritualité au quotidien.
Je me suis un peu tâtée avant d'y répondre (parce que déjà je ne fais pas partie du groupe qui a lancé cette idée, et puis aussi parce que je me demandais ce que je pourrais bien apporter à tout cela, si j'avais des choses intéressantes à dire ...) (et puis je suis du genre à fuir un peu les trucs que tout le monde fait). Et puis au final, je me suis rendue compte que j'avais beaucoup aimé lire les réponses des autres. Il serait donc peut-être temps que je m'y colle ... Voilà donc la problématique (histoire de nous rappeler nos studieuses années) :
"Bonjour tout le monde, j’aimerais vous proposer un petit quelque chose.
Si vous faisiez un article sur comment vous vivez votre paganisme ? (je ne sais pas si ce mot convient mais j’en ai pas d’autre), partager comment vous le vivez au quotidien, si vous le vivez au grand jour ou si au contraire vous préférez garder ça secret. Qu’en pensez-vous ?"
Allez, on commence avec une photo cul-cul d'un bébé fougère en forme de coeur. Mimimi.
J'ai envie de faire une réponse à la Chuck Norris, "je ne vis pas mon paganisme, mon paganisme me vit", mais je me dis que je vais encore passer pour une indécrottable chieuse. Cela dit, ce n'est pas complètement faux, je ne vis pas mon paganisme, je vis, et le paganisme fait partie de ma vie (je sens que c'est clair comme du jus de boudin ce que je raconte).
Je veux dire que c'est quelque chose de très naturel, en fait, que j'ai toujours assumé sans pour autant le brailler sur mon balcon (non par honte ou par gêne, mais par pudeur élémentaire. Je ne déballe pas toute ma vie - paganisme inclus - au premier pécore vénu). Je n'ai pas eu, comme certain(e)s, à faire un coming out plein de larmes et de regards en biais devant parents outrés et amis effrayés, parce que finalement j'ai ça en moi depuis toujours. Je suis née sorcière, même si ça sonne un peu bande annonce de teen movie. Je ne me souviens pas l'avoir déjà annoncé à ma famille, ou que quiconque se soit jamais étonné de me voir accumuler des bougies dans ma chambre, brûler de l'encens dès que je rentrais, et tenir un autel sur un coin d'étagère. C'était habituel, normal, de me voir manier les allumettes, autant que le stylo bic. Je crois que la seule réflexion que ma mère a jamais faite en entrant dans ma chambre c'était "oh dis-donc, ça sent bon, c'est quoi ?".
Pourtant, je n'ai pas été élevée dans un milieu païen. Mère plutôt catho (mais catho freestyle, jamais fourrée dans une église, plutôt à prier sa "bonne étoile" que le Bon Dieu, donc très ouverte. Et superstitieuse. Très. Trop), père athée à tendance animiste, amis plutôt catho, eux aussi, comme papa et maman. Et moi à contre-courant, sans trop savoir pourquoi, pas par rebellion (puisque mes parents ne m'ont pas baptisée pour me laisser le choix de ma religion) mais par nature. Et élevée dans la forêt.
Mes parents étant séparés, je vivais avec ma mère, mais j'ai eu la chance qu'ils restent en bons termes et ne s'embourbent pas dans une garde alternée à la mords-moi-les-yeux. Je voyais mon père quand il avait du temps à m'accorder, c'est-à-dire souvent quand j'étais toute naine (un peu moins après, boulot et crise obligent). Et, mon père, sa passion, son oxygène, outre la musique (que je pratiquais aussi, du coup), c'est la forêt. La première fois qu'il m'y a emmenée, comme il se plait à me le raconter, je ne savais pas encore marcher. Il m'y emmenait quasiment tous les week ends. Je crois que c'est en grande partie ce qui m'a déconnectée du monde urbain, citadin, civilisé. Je me sentais mieux là-bas qu'ailleurs (qu'à l'école surtout, endroit qui me faisait tant souffrir, incompréhensible puisque j'étais première de ma classe et élève modèle. Mais je morflais en silence, et chaque matin était une torture renouvelée) (dire que je bosse là-dedans ... pfffff, saleté de masochiste !). Mais même aujourd'hui, quand je vais en forêt, la plupart du temps, j'embarque mon vieux papa.
Sorcière-nouille dans son habitat naturel
Ado, il était de notoriété publique que j'étais une sorcière (même si la plupart de mes "camarades" ne comprenaient pas vraiment ce que cela voulait dire). Au collège, incomprise, j'étais tyrannisée (pas seulement pour ça, mais aussi pour mon style vestimentaire et la musique que j'écoutais) (fan de U2 et de REM quand les Spice Girls cartonnaient) et je rasais les murs. Et puis j'ai pris de l'assurance. Au lycée, j'avais même une table à la cafét', où je tirais les cartes (j'avais énormément de demandes, mon agenda me servait de carnet de rendez-vous). Je n'étais pas populaire pour autant, mais j'avais appris à m'en foutre, à passer outre les vilaines rumeurs à mon sujet, et j'avais compris que je faisais un peu peur, parfois. Et j'en jouais pour me débarasser des emmerdeurs. A la fac, j'ai été plus sorcière que jamais, premier appart oblige ! Ma déco était très orientée, j'avais des bougies partout, de l'encens, des bocaux alignés par dizaines sur les étagères de mon salon.
Aujourd'hui, même si j'assume totalement ce que je suis (jamais je ne mentirais pour rentrer dans les bonnes grâces de certains, au pire je ferme ma mouille), je dois parfois faire profil bas, surtout dans mon (étouffant) métier. Mais dès que j'en sors, je redeviens moi-même. Mes (toujours rares) amis savent très bien ce que je fais, même si nous n'en avons pas forcément parlé clairement (mais mon intérieur parle de lui-même), mon compagnon est parfaitement au courant et a même le droit de jeter un oeil dans mon Gros Bouquin (mais s'il s'avise de vouloir le prendre, je crache le feu), et il m'arrive d'officier à mon autel pendant qu'il bouquine à côté. Ma famille est très réduite (elle est nombreuse, mais la plupart de ses membres habitent loin, on ne se voit jamais, ils ne se rappellent même pas de ma date de naissance, alors mes convictions religieuses, vous pensez qu'ils s'en foutent comme de leur omoplate gauche). Ma grand-mère maternelle le savait (elle levait le feu, et était elle aussi un peu sorcière sur les bords), ma tante préférée est aussi au courant. Ma "belle famille", hyper catho, par contre, ne sait rien. Ils ont déjà du mal à accepter que je ne mange pas de viande, alors si je dis que je suis polythéiste ...!
Cela dit, en fait, contrairement aux idées reçues, ce genre de choses suscite plus la curiosité que l'hostilité (le monde n'est donc pas peuplé que de sombres crétins), et, quand j'en parle, en général, soit on me voit comme une gentille illuminée qui croit en des trucs bizarres mais qui fait quand même de la super tarte aux prunes (donc on passe l'éponge, on en blague de temps en temps, mais c'est bon enfant), soit on me pose des questions, et on m'écoute avec un beau regard intéressé. De toute façon, je ne cherche à convertir personne, surtout pas ! Que les gens adhèrent à ce que je dis et crois, je m'en tamponne l'oreille avec une patte d'alligator. Pourvu qu'on me foute la paix.
Vous savez quoi ? J'ai plus de mal à avouer que je suis végétarienne qu'à dire que je suis païenne. Comme quoi ...
Au quotidien, en fait, ça varie énormément en fonction des périodes. Plus jeune, étudiante, j'avais du temps, le coeur léger, je pouvais être très active, pratiquer toutes les semaines. Je m'étais fixé des dates de sabbat, des dates fixes, que je m'obligeais à fêter, jusqu'à ce que je me rende compte que c'était un peu con(combre). Je me souviendrais toujours d'un Mabon, où, malade et le moral dans les chaussettes, je m'étais forcée à célébrer. Beurk ! Ca a été le sabbat le plus contre-productif de ma vie !
Intérieur très neutre, moderne et passe-partout
Maintenant que j'ai un peu mûri et compris que les dates, c'était du pet de lapin adulte, je fais comme bon me semble, en fonction de mes envies, de mes ressentis, de mes besoins, de mon mental et de ma forme. Il y a des périodes où je vais pratiquer énormément, écrire tous les jours dans mon Journal, calligraphier mon Grimoire, prier à mon autel ... et des périodes de vide intersidéral où je ne ferais rien. Enfin, en apparence du moins, car je sais que la magie est partout, comme dans cette vilaine cour d'école édulcorée où quelques grosses gouttes de pluie fraîches sont venues me tapoter les épaules pendant que je surveillais la récréation, toute seule avec 28 poulbots surexcités, écrasée de chaleur et de fatigue, comme pour me dire "t'inquiète ma fille, on va te rafraîchir un peu". Ça peut sembler dément de croire que le gros nuage au-dessus de ma tête a eu pitié de moi à ce moment-là, narcissique, stupide, et pourtant, il a lâché ses larmes pile au bon moment, l'ami. Et puis je parle aux arbres, aux plantes, aux insectes. Je passe un peu pour la hippie de service, alors qu'en réalité je ne suis pas du tout comme ça. Mais ça rassure les gens de pouvoir cataloguer.
Mais j'ai des travers très mondains, hein, je suis loin d'être une sorcière modèle (déjà je n'ai ni chat noir ni verrue sur le nez). Je lis Cosmopolitan, je suis une sale accro au maquillage (j'en fais parfois pour les rites, ça me plait de me faire belle pour un "rendez-vous" avec les entités avec lesquelles je vais bosser), je mange du nutella, je me colore les cheveux et je joue aux Petits Poneys sur mon portable. Mais je suis quand même une sorcière, au fond.
L'image que je renvoie, je m'en tape. Je ne cherche pas à être un exemple, loin de là. Je fiche la paix aux autres, je les laisse vivre leurs vies et leurs choix comme ils l'entendent, j'attends donc simplement qu'ils fassent de même.