La mandoline
Aujourd'hui cher lecteur, ta bardesse va te parler de son dernier bébé, de l'enfant chéri qu'elle vient tout juste d'adopter et d'accueillir avec amour dans sa maison, de l'adorable petite soeur qui va désormais couler des jours heureux avec ses 14 frères et soeurs au pays merveilleux du collectionnisme musical, j'ai nommé, la mandoline (pas possible ?? siiii). Et oui, promis, je vais aussi vous parler de mes ressentis purement païens au sujet de cet instrument.
Je vais vous épargner un interminable docu-historique sauce wikiwiki, je vous dirai simplement en guise d'introduction que la mandoline est en réalité un petit luth à manche court originaire d'Italie, et qu'il en existe une abondande variété dont on distingue cependant deux grandes familles : les mandolines napolitaines, à fond bombé (celle du troubadour bourré en est un bon exemple), à la lutherie traditionnelle italienne, et les mandolines modernes, à fond presque plat, dont la plus célèbre représentante est sans aucun doute la création originale du mirobolant Orville Gibson (qui, en plus d'avoir le même prénom que l'albatros timbré de Bernard et Bianca, est en plus le créateur de la célébrissime fabrique de guitares Gibson), la mandoline bluegrass (ou country).
Frénégonde est, vous l'aurez compris, une mandoline bluegrass (les napolitaines sont absolument hors de prix), à forme en A (c'est à dire en Amande, à distinguer des formes en F qui comportent une volute pour accrocher la sangle à la jonction du corps et du manche). Si vous vous demandez à quoi ressemble une mandoline en F, regardez donc plutôt celle dont joue mon amour de toujours, le roudoudou éternel de mes oreilles à cordes pincées, mon héros, ma légende, le seul, le vrai, l'unique, j'ai nommé Peter Buck mesdames et messieurs :
Oui, j'ai été amoureuse de Peter Buck dans les années 90, je fais aujourd'hui mon coming out, merci de respecter ma honte et mon interminable désespoir en matière de bon goût dans le monde des porteurs de chromozomes XY. Je dois dire pour ma décharge que j'ai toujours eu un faible assumé pour les guitaristes chevelus, et le moins que l'on puisse dire, c'est que la crinière de Buck a éclipsé à mes yeux les torses huilés des boys band qui sévissaient à l'époque (sans compter que LUI, il jouait VRAIMENT de la guitare, et plus que bien, pour ne rien gâcher). Et puis bon, dans les années 90, il ressemblait à ça :
(Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand, il s'agit du chevelu tout à droite, alangui sur un coude, agrou agrou, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas R.E.M. (la hooonte !))
Bref, mandoline en forme de F, quoi. Et pour ceux qui se poseraient la question, non, je ne suis plus amoureuse de Peter Buck, du moins plus physiquement (musicalement, je l'aime toujours d'un amour éperdu), depuis que j'ai fêté mes 14 ans et changé de camp pour Larry Mullen. Puis pour Ed O'Brien. Puis pour Robert Del Naja. Puis pour ... Bon, stop, ça suffit, arrêtez donc de me poser des questions sur mes casseroles de groupie célibataire ! Tenez, moquez-vous un bon coup, ça vous calmera :
La mandoline, donc. Mais au fait, une mandoline, c'est juste une petite guitare, non ?
Que nenni, jeune Padawan, la mandoline est plutôt ... Un croisement expérimental entre un violon et un luth (si si, c'est possible, insémination artificielle, je suppose). La mandoline est en effet nantie de 4 séries de 2 cordes, accordées exactement comme un violon, à savoir, du plus grave au plus aigu, sol ré la et mi (GDAE pour les puristes).
Mais pourquoi 4 séries de 2 cordes ? Et bien tout simplement parce qu'il s'agit d'un instrument dont le son, trop faible, le rendait quasiment insignifiant avec 4 cordes simples (en raison d'un diapason très court : plus les cordes sont courtes, plus le son est aigu, et plus le temps de résonnance est faible, vous me suivez ?). Donc, un petit génie anonyme dont l'existence est tombée dans l'oubli a eu un beau jour (ou peut-être une nuit, près d'un lac où il s'était endormi) l'idée lumineuse de doubler les cordes pour ... doubler le son (un type bien, ce gars-là. Il a sûrement un lien de parenté avec l'ancêtre de Ferrero).
Ce sont ces doubles cordes qui font tout à la fois la beauté et la perversité de la mandoline. Beauté car le son a un écho incroyable (puisque chaque note est produite par deux cordes, et résonne donc avec un très léger écho qui lui donne toute son originalité et sa couleur), perversité parce que l'accordage se doit obligatoirement d'être irréprochable, sinon vos cordes pleurent en un braiement d'âne enrhumé épouvantable. Perversité également pour les doigts, puisqu'il faut fretter (appuyer avec un doigt de la main gauche une corde sur la touche du manche pour en modifier sa longueur et donc la note produite) deux cordes par doigt, et que ça vous zigouille une pulpe délicate en moins de temps qu'il n'en faut pour dire Supercalifragilisticexpialidocious. (oui, on va rester dans les Disney).
Mais alors, la mandoline, c'est dur ? Et bien oui et non. Oui parce que l'accordage est très différent de celui d'une guitare et qu'il faut bien penser à considérer chaque paire de cordes comme une seule et même corde (donc exercer une pression égale du doigt, c'est à dire fretter comme un bourrin sur un buzzer de jeu télé pour les infortunés qui, comme moi, ont des doigts aussi épais que l'aiguille d'une seringue à cathéter), non parce que le principe reste le même qu'à la guitare, une case sur le manche monte ou baisse la note d'un demi-ton, et on chope tout de même vite l'astuce si on a un peu d'entrainement avec un autre instrument. Les violonistes ne devraient pas être dépaysés non plus, puisque l'accordage est le même (un copain violoniste m'a d'ailleurs dit que, je cite, "la mandoline c'est vraiment trop facile, c'est comme jouer du violon mais en gardant les mauvaises habitudes de Guitar Hero". S'il le dit).
Mais franchement, la mandoline, c'est has been, non ? Et bien non, pas du tout, au contraire. Outre la popularité qu'elle a eu en musique classique napolitaine (oui, ça, je vous l'accorde, c'est has been), la mandoline a aussi reçu des lettres de noblesse dans l'univers fascinant de la musique country, où elle s'est fait une place indétronable parmi les must have de tout habitant de Nashville qui se respecte (notamment aux côtés du banjo), bien qu'il ne s'agisse pas à l'origine d'un instrument originaire de l'Amérique du Nord. Et non, je vous interdit de dire que la musique country est has been, puisque le vieux cliché des z'hommes dansant la gigue dans les saloons en arborant chemises de bûcherons et chapeaux de cow-boy est définitivement dépoussiérée. Voyez plutôt :
Il s'agit de Tired Pony, un supergroupe (nommé ainsi non pas pour lui donner un quelconque superlatif de valeur, bien qu'il en mériterait, mais simplement parce que c'est ainsi que l'on appelle les groupes composés de membres appartenant chacun à d'autres groupes reconnus) qui a sorti un premier album franchement mirifique en juillet 2010, en remettant la country au goût du jour avec des petits jeunes (et moins jeunes) dynamiques (et irlandais pour certains d'entre eux, notamment Iain Archer et Gary Lightbody), et la participation spéciale et exclusive de Zooey Deschanel (soeur d'Emily) et Tom Smith (le chanteur d'Editors). Et ouiiii, vous avez reconnu PETER BUCK (toujours chevelu, avec 20 ans de plus, non, il n'est pas vieux, il est mûr, nuance, on peut dire vintage, à la limite, parce que ça revient à la mode). Peter Buck ET Gary Lightbody dans un même groupe, autant vous dire que j'ai bavé comme une fan de Tokio Hotel (mettez-moi Larry Mullen à la batterie, Buckethead et Jimmy Page à la guitare et je vous promets que je pousse des hurlements psychotiques. Ou pas).
Et EN PLUS (comme si avec tout ça il n'y en avait pas assez pour mon petit coeur), il y a de la mandoline. Heaven on Earth.
Bref, vous l'aurez compris, depuis que Frénégonde est entrée dans ma vie (lumière tamisée, coins de l'écran flouté, musique mièvre et mise en pli impeccable), je suis devenue folle amoureuse de la mandoline. J'ai les doigts en sang et l'orgueil en mille morceaux, mais je m'amuse comme une folle. Evidemment, je ne délaisse pas mes guitares pour autant (j'ai même énormément de plaisir à les retrouver, puisque je suis d'un tel niveau à la mandoline que j'ai l'impression d'être Jimi Hendrix à chaque fois que je repose mes petites mimines sur le manche de Monica, Josiane ou Izzie), mais disons que varier les cordes pincées me plait beaucoup.
Et au fait, la mandoline, c'est pour qui ? Seulement pour les guitaristes et les violonistes, ou un débutant complet peut s'y mettre ? Et bien, en fait, c'est un peu délicat. L'ennui, avec la mandoline, c'est qu'il s'agit, comme me le disait cet après-midi mon pote J., d'un instrument estampillé "rare". Pas rare dans le sens "on n'en fabrique plus, ruez-vous vite sur les dernières qu'il reste puisque leur disparition est aussi sûre que celle des dinosaures", non, rare dans le sens "peu répandu dans les préoccupations musicales modernes". C'est à dire qu'il existe vraiment très peu de documentation sur le sujet (alors que les librairies croulent sous les exemplaires de La Guitare pour les Nuls - qui est excellent d'ailleurs, je le recommande - il n'existe pas franchement de méthode moderne pour jouer de la mandoline sans passer par la musique classique), et les professeurs doivent être aussi difficiles à trouver qu'un Pokémon légendaire. Cela dit, internet offre une alternative intéressante avec son lot de sites intéressants sur le sujet (citons par exemple celui-ci) et les vidéos Youtube qui aident énormément. Alors oui, je ne vous le cache pas, si vous êtes déjà musicien dans le monde des instruments à cordes, vous partez avec un gros avantage. Mais si vous êtes un newbie complet et que vous rêvez de jouer de la mandoline, ne renoncez pas pour autant, et n'oubliez pas la si sage maxime : "quand on veut, on peut".
Et finalement, au niveau bardique, j'en pense quoi ?
Au niveau caractère et approche "spiritualo-mystico-ésotérique", la mandoline est assez proche de la guitare. Cela dit, elle a un caractère plus "espiègle" peut-être, par sa sonorité aigue qui lui donne immédiatement une voix assez guillerette, claire, résolument féminine. La mandoline m'évoque un instrument de Faërie, cristallin, joyeux, léger, qui a sa place, à mon avis, dans des festivités allègres et pleines de bonne humeur. Alors que la guitare a un caractère franchement universel, polyvalent à l'extrême et passe-partout, la mandoline m'apparait davantage comme un instrument que l'on peut vraiment dédier à un cadre particulier, notamment pour les rapports avec le peuple féérique. Je ne sais pas vraiment pourquoi, une intuition, mais je suis intimement persuadée que la mandoline peut être un instrument plaisant pour les fées et les esprits de la Nature. Son petit côté ancestral peut-être, un brin intemporel. Et puis surtout le fait que le son qu'elle produit émette un écho. L'écho, ce petit décalage parfois à peine perceptible entre deux sons indentiques qui se répondent en canon, évoque à mes yeux le concept des univers parallèles, du voile entre les mondes, si fin et pourtant parfois si difficile à soulever.
Je pense donc privilégier avant tout la mandoline pour tous les actes et célébrations qui concernent l'accès ou la communication avec un autre monde, qu'il s'agisse de rapports au Petit Peuple (qui, c'est bien connu, aime la musique autant que le lait au safran) que de communication avec le monde souterrain ou les au-delà (Avalon en tête). Au niveau des sabbats, je pense l'utiliser abondamment à l'occasion de Beltane, Litha/Alban Hefin et Samhain pourquoi pas.
Je pense également que cet instrument peut accompagner magnifiquement un chant ou même une déclamation de poèmes, puisque le son ne couvre pas totalement la voix (alors que la guitare peut parfois étouffer un peu le chanteur si, comme moi, il a autant de puissance vocale qu'un chaton de deux semaines). La mandoline est d'ailleurs un instrument que l'on retrouve souvent dans l'iconographie liées aux troubadours, trouvères et autres chanteurs de grands chemins, descendants des traditions bardiques qui se servaient de la musique comme d'un moyen mnémotechnique pour se remémorer les centaines de milliers de vers qu'ils déclamaient au gré de leurs errances. Le son chantant et mélodieux de la mandoline accompagnerait sans doute les contes à la veillée aussi harmonieusement que la crème anglaise sur un moelleux au chocolat.
Une chose est certaine, la mandoline ne laisse personne indifférent ...
