Conair an Bhaird - The Bard's Path

14 mai 2014

Les vents du changement

Ceux qui me suivent régulièrement (et ils sont de plus en plus nombreux, j'en suis la première surprise et ravie !) ont vu que ma vie est actuellement en train de changer radicalement. Changement de profession en cours, déménagement dans l'air, lente sortie d'une période de troubles et de tracas tant physiques que mentaux, bref, en ce moment, j'ai l'impression d'être un serpent se grattant sur une pierre pour s'extraire de sa vieille peau.

Lorsqu'ils muent, les serpents sont très vulnérables. Pratiquement aveugles à cause de l'opacité de la peau morte, ils cessent de se nourrir, uniquement obnubilés par la nécessité de se défaire de cette peau devenue trop petite, puisqu'elle ne grandit pas avec leur croissance, pour en laisser une autre, neuve, faire d'eux un animal grandi, plus fort, plus sain. J'ai l'impression d'être exactement dans cette phase. Rien n'a plus d'importance que ce changement, même s'il m'affaiblit et m'effraie, pour pouvoir avancer.

J'aime ce blog, je m'y suis sentie bien pendant maintenant trois ans. Mais, aujourd'hui, cette peau devient, me semble-t-il, un peu trop petite pour moi. J'ai grandi, et cet espace que j'ai aimé appartient désormais au passé, je le sens. M'y raccrocher m'empêcherait sans doute d'aller de l'avant. J'ai besoin de faire peau neuve.

Alors non, je ne vais pas m'arrêter de bloguer, je ne peux pas, j'aime trop partager des choses, et c'est devenu ma parenthèse personnelle depuis plus de six ans maintenant, si on compte Racines & Ramilles. Mais il est temps de déménager ...

C'est symbolique, un changement d'adresse, de plateforme, de nom, de décor. Au fond, je suis toujours la même, mais un peu de fraîcheur ne fait jamais de mal. Tout ce que j'espère, c'est que vous me suivrez dans cette nouvelle aventure bloguesque, et que nous aurons autant de bons moments que nous en avons eu ici ... ou même davantage !

Ce blog restera ouvert, tout comme Racines & Ramilles l'a fait avant lui, mais ...

Désormais, donc, c'est par ici que les choses se passeront : Herbwitchery !

J'espère vous y revoir très vite ! 
(et n'oubliez pas de mettre à jour vos favoris, si jamais ...)

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13 mai 2014

De pierres, d'écume et d'écorce

J'ai beau ne pas être bretonne, chaque fois que je retourne au pays des chapeaux ronds-vivent-les-bretons, je me sens chez moi. Et quand j'en repart, j'ai le mal du pays pendant des semaines. Je suis sûre que ça a quelque chose à voir avec le caramel au beurre salé, ce suppôt de Satan qui me fait prendre quatre-vingt-cinq kilos rien qu'en le regardant.

Ma papatte allant un peu mieux, le barbichu, mes runes et moi sommes partis cinq jours chez taty Ernestine (alias le point de chute le plus cosy du monde, sans télé ni réseau, avec des montagnes de pain aux abricots et aux noisettes et un couteau à beurre rien que pour moi pour m'emplir la panse de demi-sel en toute impunité) (oui, mon estomac dirige souvent ma vie). Retrouver ces endroits familiers me fait toujours le plus grand bien, j'ai l'impression de renaître rien qu'en respirant l'air de la forêt et l'air de la mer quand je suis là-bas. Ce mélange de senteurs me donne l'impression de s'insinuer lentement depuis mes narines dans l'ensemble de mon corps pour en nettoyer la moindre parcelle, comme si j'inspirais des millions de petits bonshommes armés chacun d'une paire de balais pour me récurer de l'intérieur et me rendre propre et saine. C'est une sensation incomparable, que je ne retrouve nulle part ailleurs (en tous cas pas dans les autres endroits où j'ai traîné mes bottes).

J'ai marché en forêt, enfin, après presque cinq mois d'immobilisation, j'ai plongé mes mains dans l'eau glacée de la Fontaine de Barenton, j'ai câliné l'Arbre Chanteur de la lande (un vieux copain), j'ai récolté des jacinthes des bois, ramassé des pommes de pin, j'ai mangé des crêpes à tous les repas, j'ai sacrifié ma chaussure droite dans les abysses traîtresses d'une énorme flaque, j'ai fait du coloriage les jours de pluie, j'ai lu au coin du feu crépitant de la cheminée, une tasse de thé à la main, j'ai acheté un collier en haricots, j'ai salué madame la Mer en reniflant l'iode comme une droguée en manque, j'ai consacré mes runes aux Éléments, fait des offrandes aux Esprits des Lieux (un peu cabotins, d'ailleurs), j'ai donné mon sang à l'insu de mon plein gré à une armada de moustiques particulièrement agressifs, mes cheveux aux dryades rieuses des sous-bois, chanté des chansons atroces qui ne quittaient plus ma tête et je me suis faite prendre pour une clocharde par des passants à qui je demandais de la monnaie sur vingt centimes. 

Le pied.

La flemme de tout raconter, plutôt quelques plein de photos en vrac, avec des légendes qui n'en sont pas.

 

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Comme le soir de notre arrivée il faisait frisquet, on a bouquiné au coin du feu jusqu'au milieu de la nuit, thé et café à volonté juste à côté d'un moelleux canapé. Le Barbichu est devenu un pro dans le ravivage des flammes.

 

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La belle aubépine, demoiselle des haies, dryade piquante et immaculée.

 

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 Parce que faire des empilements de pierres parmi d'autres empilements anonymes, c'est la vie.

 

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Le passage obligé, la Fontaine de Barenton, même si l'Esprit du Lieu m'a semblé un peu ... distant cette fois-ci. La faute aux touristes, sans doute. D'habitude j'y vais toujours hors saison, et je suis tranquille. Là je n'ai pas eu le choix.

J'ai consacré mes runes aux Eléments, purifié quelques bijoux, mes pendules et mes colliers de prières à la source, recueilli un peu de l'Eau Sacrée dans une bouteille pour en faire bénéficier mon chez-moi, et payé d'une mèche de cheveux noués en un petit cercle d'infini. La Dame m'a sourit, visiblement satisfaite. Elle doit me reconnaître, à force.

 

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Sur le chemin du bois, j'ai vu des runes partout. Thorn m'a attrapé les pieds comme pour me donner l'ordre de m'arrêter un moment.
Message reçu ...

 

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Le Tombeau de Merlin, épargné par les circuits de visite, à l'abri dans son écrin feuillu, sa pierre littéralement couverte d'offrandes (Beltane est passé par là ...), de chefs-d'oeuvre végétaux, de pièces, de bijoux, de fleurs, ses fentes débordant des petits mots que ses fidèles lui laissent pour lui demander ses faveurs et ses bénédictions. 

Mon barbichu, pourtant pas païen pour un sou, mais qui a l'avantage d'avoir les yeux et les sentiments bien ouverts, a senti lui-même que ce lieu était le plus "chargé" (je cite) de tous. Ses paroles m'ont procuré un étrange sentiment de fierté, allez savoir.

 

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Je me suis assise sous le houx, à ma place habituelle, mon bon vieux sac de baroude à mes pieds dépareillés, pour lui écrire une missive qui a rejoint les autres dans les entrailles de la pierre, après lui avoir laissé en offrande un cercle de Genêt à Balais, une pomme de pin et une pierre en forme de flèche, dans lesquels j'ai soufflé un chant de pouvoir.

 

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Je me découvre une étrange affinité avec le Genêt, depuis quelques temps ... C'est à creuser.

 

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Voir autant d'offrandes m'a réchauffé le coeur. Je n'en avais jamais vu en une telle abondance, et pourtant ce n'est pas mon premier pèlerinage. Je me souviens de la première fois, en 2010, quand mon coeur s'était gonflé de joie en voyant les traces des autres païens avant moi, ici une jonquille, là une couronne de lierre tressé, là-bas un bâton gravé, et partout des petits papiers et des empilements de pierres. Ce sentiment de n'être pas seule, même si la présence des autres païens était invisible, cette sensation de partager quelque chose, un souffle, une pensée, un élan, avec d'autres personnes, tout en l'ignorant. C'est réconfortant, même lorsque l'on marche avec son ombre pour seule compagnie.

 

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La Mer était d'un bleu de calcédoine presque irréel sous le soleil de mai, on aurait presque eu envie de se tremper dans les vaguelettes scintillantes qui s'écrasaient sur les débris de coquillages.

 

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Avant de repartir, nous sommes allés prendre un petit thé chez Dame Viviane, qui, pour changer n'était pas chez elle. Dommage, un thé bien chaud aurait été bienvenue, il faisait un froid de gueux !

 

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Sur le chemin, j'ai fait une petite récolte de Jacinthe des Bois (pas trop, pour ne pas m'attirer les foudres des Fées de la Lande) et je suis allée saluer mon Arbre Ami à la belle voix, dont le chant m'avait déjà séduite il y a 4 ans parce qu'il imite celui de la mer. Mon beau chanteur était toujours là, fidèle à sa réputation il a tiré profit d'une belle rafale de vent pour nous offrir un petit échantillon de son talent. Son écorce sous mes doigts m'a rassérénée, je me suis sentie accueillie comme une amie. Quatre ans, pour lui, ce n'est rien.

 

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Partout fleurissait l'Asphodèle Blanc, ses grands cierges mellifères dressés vers le ciel. On aurait presque cru arpenter les Enfers à la recherche du palais d'Hadès et Perséphone (toujours dans l'hypothèse d'aller se faire offrir un thé, on est des opportunistes, après tout)

 

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Naturellement, en rentrant, de nouvelles pommes de pin et un morceau de schiste rouge ont rejoint mon autel, dans une coupelle d'un beau bleu breton, dénichée chez un potier de Saint Malo. 

Non, je n'aime pas les pommes de pin, pas du tout, j'vois pas c'que vous voulez dire *air dégagé très naturel*
Oui, bon, d'accord.
Je les aime peut-être un petit peu. Un tout petit peu. Voir beaucoup. Très beaucoup. 

Quand j'étais toute naine mon papa m'emmenait en ramasser en forêt, et au retour j'en mettais partout dans la maison, pour voir comment elles réagiraient, sur le rebord des fenêtres, dans les placards, sur les radiateurs, dans le frigo. Je lisais les Amis du Bois de Quat'Sous, que voulez-vous. 

Bref, je suis revenue.

Et j'ai le mal du pays.

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04 mai 2014

Des plantes, du bois, des runes

Oh la, j'arrête pas !

D'abord, j'ai entamé les rounds 2 et 3 de mon balcon de Sorcière made in 2014, avec de nouvelles pensionnaires, des Sauges (officinales, pourpre et panachée), une Camomille, une Ciboulette, une Valériane et une Verveine Officinale qui ont rejoint mes vertes copines dans leurs petits pots en terreau. C'est tout vert, en boutons, en fleurs pour certaines (j'écris ton nom, Aconit !), bref, c'est le bonheur. 

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 Une vue d'ensemble. C'est beauuuu hein ? 

 

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 Oui cher lecteur, ceci est un aconit en fleur. Huhuhu je suis fierté.

 

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 Alors forcément, cette bonne vieille Primevère s'est dit que ça n'allait pas se passer comme ça, et que mois de mai ou pas, elle allait refleurir elle aussi. Et toc. Dans tes capuchons, l'Aconit.

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 Du coup ça a donné des idées au Jasmin. C'est rien qu'un sale copieur.

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 Et à la Rue aussi. Quel mouton celle-là.

 

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 Oh, et puis à la Valériane aussi. Aucune personnalité. 

Sinon, j'ai enfin (ENFIN) (il était temps) (je suis longue à la détente quand même) sorti mon pyragraveur (enfin, l'espèce de fer à souder bricolé qui me sert de pyrograveur) pour ... pyrograver (sans dec') mes runes. ENFIN ! 

C'est pas comme si je travaillais avec les runes depuis que j'ai lu le fabuleux livre de Marie des Bois (les Sortilèges des Runes, pour ne pas le citer), que j'ai dévoré en 2001.
Voilà.
Lyra a donc mis ... 13 ans à se graver un jeu de runes. Il n'est jamais trop tard, hein.

Du coup, pour faire bonne mesure et ne pas faire (sur)chauffer mon pyrosoudeurgraveur pour rien (enfin, les runes ce n'est pas rien, ce n'est pas ce que je veux dire, mais autant faire d'une pierre deux coups) (ou, dans le cas présent, vu que j'utilise des rondelles de bois, d'une tranche deux coups) (histoire de s'en payer une tranche, quoi) (oui, il est 23h57, mon humour vire moisi), j'ai aussi confectionné un jeu de runes sorcières. Je ne sais pas si vous connaissez les runes sorcières, il y a un excellent article sur le sujet sur le site du Sidh, et j'avoue que le concept me plait beaucoup depuis que je l'ai découvert. 

Naturellement, comme il serait vraiment dommage de faire simple quand on peut se faire skier, j'ai commencé par les Runes Sorcières. Celles avec des arrondis, des cercles, et des petits détails. Voilà. 

C'était la première fois que je touchais à mon pyrosoudeurgraveur (à part pour le changer de place et me dire que zut alors, il serait temps que je branche), donc bon, c'est loin d'être une oeuvre d'art. J'ai fait ce que j'ai pu avec ce que j'avais. Après avoir attendu 20 minutes qu'il chauffe, en vain, me demandant si ce satané truc orange fonctionnait vraiment avant de m'apercevoir que je n'avais pas allumé la prise multiple sur laquelle je l'avais branché.

Après moult tirages de langues et filet de fumée parfum bois-brûlé-barbecue dans les verres de lunettes, ça a donné ça :

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Très très très imparfait, donc, mais pour un premier essai j'aime assez. Le côté brut, le trait inégal, le bois strié. C'est primaire, c'est nature, c'est fouillis. Dans un sens, ça me ressemble assez. Donc bon, je garde. 
J'ai rangé les huit petites rondelles dans un petit sachet, que j'emporterai avec moi à Brocéliande (ouiiiiiiiiiiiii je retourne en forêt de Brocéliande après demain, je suis JOIE, tu as le droit de me détester) pour les apprivoiser là-bas, et les consacrer, peut-être, à l'occasion. J'aime bien l'idée.

Et donc après, j'ai bidouillé un Futhark. Un Futhark à 24 runes, parce que, tout à fait entre nous, la rune blanche, Wyrd, elle me dérange. Déjà parce qu'on dirait un bout de bois/un caillou qui a été oublié lors de la décoration, ensuite parce que les espaces n'existaient pas chez les peuples nordiques, qui gravaient donc les runes bout à bout (le vide est une invention contemporaine, décidément). Pas de rune blanche, donc. 
C'est là que Lyra, spécialiste ès compliquons-nous-la-vie, a découvert qu'elle aurait peut-être dû commencer par là, parce que les lignes droites, avec un pyrosoudeurgraveur, c'est tellllllement plus facile. Mais bon. 
Bref, vingt minutes plus tard, après avoir appelé chaque rune par son nom à voix haute (mon barbichu, qui faisait son repassage juste à côté, ne s'offusque même plus quand il m'entend couiner "Feeeeooooooooh, qui es-tu Feeeeeoooooh, quel bout de bois veux-tu être Feeeeeeeooooooh ?") et chauffé grandement mes pauvres doigts (même le manche en plastique de mon pyrobidulegraveur chauffe autant que les forges de Goibniu au bout d'un certain temps) tout en enfumant ma frange, j'ai pyrogribouillé ça :

 

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Bon, encore très inégal, presque "brouillon", mais je suis tellement contente d'avoir enfin mon jeu de runes à-moi-rien-qu'à-moi-confectionné-de-mes-blanches-mains que je suis quand même satisfaite. Comme le jeu précédent, celles-ci ont été soigneusement emballées (dans un carré de soie verte, puis glissées dans un sachet de coton que j'avais cousu il y a des années et que j'utilisait jadis pour le dreamwalking).
Elles me suivront aussi à Brocéliande (je vais avoir plus de bazard de sorcière dans ma valise que de fringues de rechange ...) pour y être consacrées. 

Ah, et pour vous donner un aperçu de la gageure, une photo de mon pyromachingraveur :

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Voilà.

Posté par Lyra Ceoltoir à 00:27 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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13 avril 2014

Balcon de Sorcière 2014, round 1 !

Les beaux jours reviennent, les oiseaux font cuicui dans les sapins, le soleil fait risette dans un ciel d'un bleu de piscine municipale, pommiers et cerisiers sont en fleurs, bref ...

C'est le printemps.

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Vous savez ce que ça veut dire ?

On est repartis pour une nouvelle série de jardinage au balcon hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !! (vous êtes contents, hein ? Non ? Tant pis, moi oui. Va falloir vous y faire, chaque année ce sera pareil, et si un jour j'ai un jardin ce sera sans doute même bien pire. Alors estimez-vous heureux que je ne dispose que d'un balcon pour assouvir mes pulsions de jardinière frustrée et hystérique).

J'ai donc commencé par un grand nettoyage (un pincement au coeur en jetant les demoiselles annuelles, mortes pendant l'hiver. Adieu Basilic, adieu Mufliers) (et un peu de colère en jetant les victimes des pucerons (Mélisse et Absinthe, je crie vos noms) et celles qui ont succombé à la bêtise de ma voisine du dessus, qui a jeté de l'eau javellisée par-dessus son balcon ... directement sur le mien ... (RIP Verveines, Thym et Romarin, je vous aimais pourtant depuis deux ans ...)).

Fort heureusement, Sauges, Hibiscus, Jasmin, Aconit, Edelweiss dehors, Dipladénia et Datura dedans ont résisté encore et toujours à l'envahisseur et commencent déjà à offrir de belles promesses vertes (mon Aconit a même fait trois pieds cette année, à partir d'un seul l'année dernière, je crois qu'il s'est donné pour mission secrète de conquérir le monde et ses environs).
Mais comme tout ça est encore un peu maigre pour garnir mon balcon de Sorcière aux Herbes, mon barbichu, ma béquille et moi sommes allés faire un tour à Jardiland (en long en large et en travers. Et bien quand on traîne la patte, c'est GRAND Jardiland ...). Là-bas, j'ai donc acheté quatre nouvelles demoiselles (je commence petit, mais je me connais, je ne m'arrêterai pas là), une Absinthe (à la mémoire de feu la mienne), une Rue (première fois que j'en trouve à Jardiland, je suis très agréablement surprise), une Mélisse (pucerons, entendez-moi bien, celle-ci, vous ne l'aurez pas !) et ... une Sauge Officinale (oui, encore une) (et j'ai envie de m'acheter une dorée aussi). Evidemment, toujours pas d'Armoise ni de Verveine Officinale. Et je préfère attendre un peu pour le Basilic. J'ai failli craquer sur des Narcisses ENORMES mais j'ai résisté. Je ne suis pas fan des fleurs jaunes pourtant, mais les Narcisses, vraiment, j'adore. Regardez ces monstrueuses trompettes canari :

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 Ils sont monstrueux, hein ? J'ai mis ma main pour donner une idée de l'échelle, et vous avez même mon petit tatouage en prime (son grand frère va avoir plus de mal à s'imposer en photo bombing)

 

Hier, j'ai profité du beau temps pour aller rempoter tout ça et réorganiser un peu mes pots. Comme mon balcon est orienté plein sud (top en hiver parce que le soleil chauffe l'intérieur au travers des baies vitrées) certaines de mes plantes avaient eu très chaud l'été dernier (j'étais parfois obligée d'en rentrer certaines les jours de forte chaleur, ou de bricoler des abris de fortune avec ma table et ce qu'il reste de mon parasol, qui a fait une tentative de suicide à l'automne 2012, en se jetant du balcon) (moi je penche pour le meutre, je pense que le Vent l'a bien aidé à sauter). J'ai donc voulu leur bricoler un coin d'ombre frais, où je pourrais planter les plus fragiles (Absinthe, Rue et Aconit, pour l'instant). Au départ je voulais acheter des canisses de bruyère, mais ces trucs-là se vendent par rouleau de 5m (alors que je n'en veux qu'à peine 1m50) et coûtent un pied droit. Donc bon, j'ai choisi de déplacer la treille de mon Jasmin (le Jasmin avec, vu qu'il s'est enroulé autour comme la corde autour du cou d'un pendu) pour l'accoler à la rambarde de mon balcon. 

J'en ai sué comme un âne turc, mais je suis plutôt contente du résultat :

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La grande jardinière blanche est encore en jachère, j'hésite à reprendre des Mufliers (bon, j'en veux quelques uns, c'est sûr, mais je voudrais bien les panacher avec autre chose ... Je ne sais pas encore quoi). C'est encore loin d'être fini, mais j'avoue que je suis assez contente du résultat (même si un peu déçue que les pieds de la treille ne passent pas sous la rambarde du balcon ... J'aurais gagné pas mal de place. mais bon, tant pis). La Mélisse est un peu en quarantaine puisque (horreur) j'ai aperçu un puceron sur l'une de ses tiges. Je l'ai défénestré (le puceron, hein, pas la Mélisse), évidemment, et j'ai traité aussitôt la plante (avec du savon de Marseille, puisqu'elle est vouée à la consommation) en prévention (pucerons, si vous m'entendez ... VOUUUUUS NE PASSEREZ ... PAAAAAAAAAAAAAAS).

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Une petite vue du coin. Jasmin dans le gros pot gris, Absinthe en haut à gauche, Aconit (et ses tuteurs de baguettes de batterie) en haut à droite, et Rue. Sauge en photo bombing à gauche. Dans le petit pot vert, c'est une primevère renaissante.

 

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 Et Dame Mélisse en quarantaine.

 

J'ai eu beau avoir mal à la gambette tout du long (jardiner avec une béquille n'étant pas des plus pratiques, je l'ai sollicitée un peu, et forcément elle a passé la soirée à me faire la gueule, la bougresse) jardiner me fait toujours autant de bien. J'aime tellement les odeurs de sève et de terre, la douceur du terreau entre mes doigts (pour ça que je ne PEUX PAS jardiner avec des gants), les petites abeilles qui viennent voir ce que je fabrique ... Avoir un jardin me manque beaucoup, mais ce balcon est une bouée de sauvetage.

Herbwitch un jour .. Herbwitch toujours !

(et sur cette citation d'une rare profondeur, je vais aller me faire un thé au jasmin) 

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31 mars 2014

Le Chemin Parcouru

LdO annexe, rêves, eso

Je suis retombée sur mon premier journal, en faisant du rangement. Pas de journal intime, je n'en ai jamais vraiment tenu (ma prose se résumait la plupart du temps à "j'ai mangé des tagliatelles carbo à midi et découvert avec horreur qu'il ne restait plus de mousse au chocolat. Ma vie est finie") (oui, j'ai longtemps été esclave de la tyrannie de mon estomac), mais un journal spirituel. Un tout pourri, sur un vieux cahier de TP à spirales, où je racontais mes petites tambouilles et, un peu plus tard, ce que nous avions fait, ma compatriote sorcière de l'époque et moi. Je n'écrivais pas beaucoup, à l'époque, et ce seul cahier couvre une longue période, de 1997 à 2001. 

Du coup je me suis offert le luxe d'une séquence nostalgie (en même temps avec ma patte morte je n'ai pas un emploi du temps surchargé non plus) en relisant tous mes journaux, Livres des Ombres (j'en ai eu 6) (et avec Mini-Grim le total monte à 7) et papiers volants qui portent les traces de ma petite vie de sorcière. 

Et bien vous savez quoi ? Je n'ai absolument pas changé. J'ai essayé, sans doute pour me donner l'illusion d'avoir évolué, mais quand je lis, daté de l'an de grâce 1997, "J'ai lu le Grand Albert à la bibliothèque, les bibliothécaires m'ont regardée comme si j'étais bonne pour le bûcher mais je m'en fiche, ce bouquin est une mine d'or, et ça confirme ce que je disais : le dimanche est bien un jour solaire. Pour ça que j'aime pas le dimanche", je m'étrangle un peu avec mon caramel macchiato. J'aurais pu écrire cette phrase hier. Ou ce matin. Ou tout à l'heure. (Cela dit, aujourd'hui, pas un bibliothécaire ne laisserait une gamine de 11 ans plonger son nez dans le Grand Albert. J'ai grandi à une époque bénie).

Même mon rapport aux déités n'a pas bougé d'un iota : "J'aime bien faire un petit autel à Cernunnos des fois, quand je trace un cercle. Je mets un bol en bois, avec des grains de blé dedans, des bougies rouges dans un chandelier doré à 5 branches, et des branches de fragon, le petit-houx. Je m'en pique les doigts, parfois, pour lui donner du sang. La première fois ce n'était pas fait exprès, mais j'ai senti qu'il aimait bien. Mais il répond mieux en forêt. Dedans, ça bloque". Millésimé 1998. 

An de grâce 1999 (rappel mémo, j'avais 12 ans), "Les sorts tout faits ne marchent jamais. Je préfère composer mes propres sorts, ma propre magie, grâce aux ingrédients que j'ai passé des années à rassembler. Ceux-là ils marchent toujours.". Mwahahahaha. Et en plus je me la pète (les ingrédients que j'ai passé des années à rassembler ... Huhuhu j'étais trop mignonne). 

2001, en troisième, je fais du spiritisme au CDI du collège (farpaitement), avec une copine, une pièce de 5 francs, une feuille de papier et des résultats bluffants. En 2002, je fais du dreamwalking, j'ai une table à la cafétéria du lycée où je tire les tarots à tout le monde et je me mets à la pratique de "groupe" (oui, deux, c'est un groupe) (d'autant qu'une fois ou deux on a été trois). Et je jardine. Beaucoup. Je n'en ai pourtant pas le souvenir mais si j'en crois ce que j'ai écrit en avril 2000 je "colonise le jardin de ma mère avec des plantes toxiques", et visiblement en particulier avec de la digitale puisque "c'est la Digitale qui m'attire. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être pour ses clochettes (j'adore les fleurs en clochettes, muguet, lupin, campanule et compagnie !). Mais il y a peut-être un rapport avec le fait qu'elle soit toxique. Elle a l'air tellement magique !". Ben voyons.

Je rigole beaucoup en tombant sur une ligne de 2006, "Je vais devoir (notez l'usage de l'impératif) m'acheter 4 citrines et une turquoise. Oh, et une malachite, aussi. Dépensière, moi ? Jamais !". Et oui, j'étais déjà shoppaholic ET de mauvaise foi. Et en plus, si on se fie au "hier, j'ai repris les cours. Inutile de revenir dessus c'était trop fatigant !", j'étais déjà une belle grosse feignasse. 

Tout ce temps où je pensais avoir évolué, changé, trouvé ma Voie, grandi, mûri, parcouru un loooong Chemin ... En fait je me mettais le doigt dans l'oeil. La vérité, c'est que je n'ai pas changé d'un poil, je suis sur la même Voie (quel est le mal après tout ? Si j'avais trouvé la bonne dès le début ?), je n'ai grandi qu'en centimètres et en années civiles, et je suis inlassablement sur le même Chemin ... Parce que ce Chemin, c'est le mien. 

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 Mini Lyra Ceoltoir, forêt de Tronçais, septembre 1993, avec un manteau parfaitement à sa taille.
(la chose dans mes mains que je caresse avec amour est un poussin empaillé)

En 1997, j'étais tambouilleuse, sorcière jusqu'au bout des ongles, forestière le jour, rat de bibliothèque la nuit, électron libre limite chieuse, cartomancienne boulimique et férue d'improvisation. J'avais un autel sur un coin d'étagère, entre mon classeur d'Histoire et le missel de ma grand-mère, décoré avec des cailloux ramassés en balade, des bougies chauffe-plat piquées dans la cuisine, un pot en grès pour les offrandes à la Terre qui avait été un bocal de yaourt dans une vie antérieure, un bol d'offrandes à Cernunnos en bois, dérobé à ma mère après une longue négociation, un coupe-papier à l'effigie de la Tour Eiffel en guise d'athamé et un Livre des Ombres dans un porte-documents. 

En 2014, je suis toujours tambouilleuse, sorcière réprimée par la société mais toujours aussi présente, j'ai soif de forêt, j'ai ma propre bibliothèque pleine à craquer de livres et de jeux de cartes, je suis toujours une chieuse invétérée qui n'en fait qu'à sa tête, je tire tellement les cartes que j'envisage d'en faire une activité professionnelle, et je ne planifie jamais rien - ou alors, je planifie énormément, et change mes plans à la dernière minute. Mon autel trône dans ma pièce bibliothèque, il est toujours surchargé de cailloux et de pommes de pin, les bougies ont grandi depuis que je les achète moi-même, j'ai trois bols d'offrandes (dont celui en bois que j'ai gardé), mon athamé a un manche en bois et une lame à double-tranchant et vient de Saint-Malo, et mon Livre des Ombres, qui est désormais un Grimoire, pèse bien ses 4 kilos.

Finalement je n'ai pas vraiment évolué. Les choses n'ont pas changé, elles ont poussé, grandi, elles se sont développées. Mais j'obtenais les mêmes résultats avec mon athamé parisien qu'avec mon joli breton. 
Je collectionne toujours les beaux carnets dans lesquels je n'ose pas écrire, les plantes dans des pots en verre (elles sont juste plus nombreuses). J'ai changé plusieurs fois de chaudron, mais je reviens toujours d'instinct à mon premier (qui est à l'origine un ... chauffe-sauce de chez Casa).
J'écris dans mon Gros Bouquin à l'allure de croisière d'un escargot par grand vent.
Je concocte toujours mes rituels à la dernière minute, dans le Cercle. Et parfois l'inspiration ne vient pas. Et ce n'est pas grave.
Je porte le même nom de sorcière depuis 1997. J'ai le même symbole depuis 1999, quand je l'ai dessiné en cours d'Histoire.
J'ai besoin d'aller en forêt pour vivre depuis 1987, date de ma première visite (j'avais 9 mois).

Je n'ai aucun regret dans ma vie spirituelle. Alors que ma vie profane est faite d'errances, de changements de direction, d'erreurs et de corrections, ma vie de sorcière est une spirale régulière. Je reviens toujours au même point, mais enrichie de ce que j'apprends sur ma route, sans jamais tourner en rond. Alors que S., 27 ans et des brouettes, instit névrosée qui rêve d'autre chose, locataire d'un appartement entre ville et campagne, 1m68 et une couleur de cheveux approximative se cherche encore parfois désespéremment, G., witch since 1986, tisseuse de sachets charmes et tambouilleuse compulsive, sylvestre et sauvage, des bagues à chaque doigt, des plumes aux oreilles et un tarot dans la poche, elle, sait qui elle est et où elle va. 

C'est rassurant, finalement.

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22 mars 2014

On a sauvé Ostara !

Et pourtant les Dieux savent que ce n'était pas gagné ... Mais nous sommes pugnaces, nous sommes acharnées, nous sommes des Guerrières du Printemps Victorieux (ça fait très slogan pour une campagne politique révolutionnaire d'extrème gauche, mais bon, après tout nous sommes à deux doigts des élections municipales, on va dire que c'est la radio qui a contaminé mes neurones fatigués).

Et nous avons SAUVE OSTARA !!! (putain !)

En ce jour de grâce du jeudi 20 mars 2014 (oui, cette année, le printemps tombait le 20, on ne reverra pas d'Ostara le 21 avant 2102. Donc en fait, on ne reverra pas d'Ostara le 21), nous (ma witchy friend, ma béquille et moi) sommes allées dans mon Coin faire nos tambouilles sorcelleuses sous un magnifique soleil presque estival. Tous les amis du Coin étaient au rendez-vous, les abeilles (dont une qui a fait du vol stationnaire au-dessus de nos têtes TOUTE l'après-midi, l'air de dire "vous faites quoi, dites, vous faites quoi ? C'est quoi ça ? Pourquoi vous faites ça ? Je peux venir, dites, je peux regarder ? Hein, dites ?"), les oiseaux chantant, les belettes qui courraient dans les haies vives, les grenouilles en plein concours de plongeon, les moutons dont on entendait les bêlements au loin (et les supplications de l'agricultrice qui tentait désespéremment de rentrer son âne en fin de journée), et l'indécrottable Maîtresse des Lieux, Sidonie-Duchesse-de-Floride, la tortue du petit étang, dans toute sa gloire en plein soleil.

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 Elle se la pète un peu, en fait


Dans la Clairière (oui, j'aime bien mettre des majuscules aux coins de mon Coin) (coincoin, du coup) (mais il n'y a pas de canards là-bas) (pardon) en plein soleil, nous avons étendu une couverture sur l'herbe et passé l'après-midi à sorceller tranquillement, parfois en lançant des sourires niais aux (rares) promeneurs qui passaient par là (mention spéciale au cycliste que j'ai failli faire tomber de stupéfaction quand il s'est rendu compte que je récitais une incantation alors qu'il passait juste à côté de nous) (si je reçois la visite d'un Inquisiteur dans les jours à venir, je saurais d'où ça vient) (et je te retrouverai, mécréant !).

On a fait du bricolage avec des fils chiants qui s'emmêlent ...

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 Notez que j'avais fait péter la robe en crochet

 

... des mélanges d'herbes ...

 

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 Avec des fleurs cueillies sur place

 

... et des adaptations pour sorcière boiteuse.

 

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Bon, la comparaison est forcément basée sur des points foireux, vu mon passif avec ce sabbat, mais c'était clairement le meilleur Ostara de toute ma vie (oui, j'avoue, c'était pas difficile, mais quand même). Aucune fausse note, un temps fabuleux, un duo ma foi fort efficace (on pourrait même parler de trio, mais ma béquille est une sorcière déplorable), une ambiance détendue ... Bref, c'était juste ... parfait !

Et vous ? Votre Ostara ?

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09 mars 2014

Ostara, le sabbat qui sent le sapin

Je ne sais pas si, comme chez moi, il existe aussi chez vous un sabbat dit "foireux" (alias le sabbat qui tombe à l'eau chaaaaaaque année, quels que soient vos efforts titanesques), mais, ici, clairement, Ostara pourrait être qualifié de façon fort triviale de "sabbat qui craint sa race noms de dieux".

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 Une tentative d'autel ... moche.

Pourtant, c'est ballot, parce que j'adore cette période de l'année. Donc finalement, je me dis que la Malédiction ne vient peut-être pas de moi, puisque, dès que le printemps pointe le bout de son nez, je ne suis que joie, orteils frémissants dans mes ballerines vertes, nez au vent, cheveux encore plus roux (because soleil revenant), poil brillant et doigts fleuris. J'attends le printemps avec moult impatience, pour gratter la terre, planter des belles vertes sur mon balcon, partir en balade, respirer l'air radouci et écouter le chant des oiseaux.

autel Ostara (jour)
 Un peu mieux en 2009 mais pas de célébration non plus

Et pourtant, depuis mes débuts (ça remonte au siècle dernier, déjà) (tout ça ne nous rajeunit pas), Ostara foire systématiquement. Mais vraiment, hein, pas qu'un peu. J'ai beau faire des projets, m'acharner à décorer mon autel, chercher des idées, tout finit immanquablement par tomber à l'eau en coulant comme un menhir dans un lac de montagne. Poisse. 

Ostara (jour)
 On sent qu'en 2010 je me suis dit que j'allais refaire comme en 2009 ?

En 2003, je passais un bac blanc extrêmement chiant qui m'a pompé toute mon énergie. 
En 2004, j'ai fait une splendide crise de sinusite qui m'interdisait toutes les sources de lumière pendant trois jours.
En 2005, j'étais coincée à la gare de Mocheville par une grève de la SNCF.
En 2006, je passais trois partiels de 4h chacun.
En 2007, j'étais clouée au lit par une varicelle foudroyante.
En 2008, mon cochon d'Inde chéri, Mister Jack, se faisait opérer d'y abcès à la glande salivaire et avait une chance sur deux d'y rester.
En 2009, j'avais une journée de 12h de colloque pourri à Mocheville. Plus 4h de train. 
En 2010, j'avais 40 de fièvre et la grippe A. Oui oui, AVANT l'épidémie.
En 2011, j'étais hospitalisée pour une anémie galopante.
En 2012, j'étais inspectée pour ma titularisation.
En 2013, mon burn out n'a pas suffit, puisque j'ai chopé une sublime angine qui m'a duré trois mois.

Plus d'une décennie de poisse infinie. Plus les années précédentes que j'ai oubliées (je ne tenais pas de journal à l'époque, et j'ai la mémoire qui flancheuuuh, j'me souviens plus très bien). 
Quand je vous dis que je suis maudite. 

Ostara (jour)
 Il y avait du progrès en 2013, putain d'angine ...

Mais bon, je m'étais dit, en 2014, ça ira mieux, après tout maintenant je ne pratique plus systématiquement toute seule, je vais bien trouver quelque chose à faire avec ma super witchy sister. On avait même commencé à planifier quelques trucs, des idées de rituels pour faire fructifier différents aspects de notre vie, faire une petite balade si ma papatte folle veut bien me porter un peu plus loin que devant la cage d'ascenseur ...

Je me croyais sauvée.

...

Quelle idiote.

J'ai reçu une jolie lettre parfumée (ou pas) du rectorat de mon académie ce matin.

Je vais donc passer Ostara 2014 en consultation chez le médecin pour "évaluer mon état de santé physique et mentale". 

JOIE.

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12 février 2014

C'est la merde à Westeros

(non, je ne te parlerai pas de Game of Thrones c'est juste pour que tu saisisses l'ampleur du désastre) (c'est du domaine de l'épisode 9 de la saison 3) (par contre ce très long article chiant contient une grande abondance de photos de pigeons) (te voilà prévenu)

Bon.

Cela fait quelques temps déjà que cet article trotte dans ma petite tête, sans trop savoir si je devais le poster ou pas. Peur de vous emmerder avec mes tergiversations à la mords-moi l'oreille gauche, peur de virer boooooooring qui se plaint tout le temps, peur de désintéresser, peur aussi de parler de ma vie profane sur mon blog spirituel. Quand on est en arrêt maladie, clouée chez soi 24h/24, on a beau aimer son foyer et la solitude, au bout d'un moment on tourne vite en rond et on réfléchit. On pense. On cogite. Beaucoup. Surtout quand, avec les vertèbres en serpentins de foire, on ne peut pas faire grand chose à part s'asseoir (avec un corset) (je plains tellement les femmes du XVIIIème) et s'allonger en comptant les fissures du plafond et en regardant le nuage-crocodile par la fenêtre bouffer le nuage-cheesecake qui fait de la moto-nuage sur un nuage-champignon) (en plus aujourd'hui, il n'y a pas de nuage. Faiiiiil).

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Vous le savez sûrement, ou si vous ne le savez pas, vous allez le savoir, je suis prof. Oui oui, une vraie, une "instruisou" comme disait (et dit toujours) mon pôpa, une employée de l'Education Nationale, une de celles qui prend vos bambins sous son aile ringarde et (soi-disant) bienveillante. Un suppôt de Satan. Le plus drôle dans l'histoire, c'est que finalement je ne sais pas trop pourquoi et comment (enfin si, j'ai passé un concours, mais je me comprends) j'en suis arrivée là.
Moi, je détestais l'école. J'étais la première de la classe, mais j'étais malheureuse comme une pierre sitôt que je passais le portail. Mais ça ne se voyais pas, au contraire, j'étais l'élève que tous les instits adoraient, qui ramenait toujours de bonnes notes à la maison et des "tb" soigneusement calligraphiés par la maîtresse au stylo rouge dans les marges de ses cahiers. Mais je n'aimais pas l'école. Je m'y ennuyais, malgré les leçons, malgré les copains. J'étais mal dans la cour en béton, mal dans les classes fermées, mal assise sur une chaise toute la journée. Au CM1, ça allait un peu mieux, le maître était un ami de mon père, un brave monsieur "à l'ancienne" sévère mais juste, et, quand j'avais fini mon travail avant les autres (c'est à dire souvent), il me laissait aller admirer la collection de crânes d'animaux et de reptiles conservés dans du formol qu'il gardait dans une armoire fermée, au fond de la classe. J'aurais pu passer des heures rien qu'à les regarder, c'était mon petit bonheur secret. J'avais 8 ans, et j'étais déjà fascinée par les os, par la nature, par la mort et par la vie. Mes camarades me trouvaient bizarre. Je m'en fichais. Je m'en suis toujours fichue.

Collège, noire période (ado moche, lunettes, fuseaux, sweat, années 90 quoi), lycée, j'ai pris en assurance et malgré quelques claques dans la gueule (le coup de la cartomancie par exemple) je m'affirmais de plus en plus. J'arrivais à être moi, malgré les murs gris et les couloirs sans fenêtre, malgré le béton et le ronron sourd des discours formatés de mes professeurs. J'avais toujours des bonnes notes, sans trop d'effort. J'ai eu le bac sans réviser. On m'a dit d'aller en prépa, en bon petit soldat, j'y suis allée.

J'ai démissioné au bout d'un mois. Un mois d'enfer, qui a failli me bousiller. J'étais une bonne élève, oui, mais sans aucun esprit de compétition. Etre meilleure que les autres ? Je m'en tamponne l'oreille avec une patte d'alligator femelle. Or, en prépa, on forme des tueurs, des espions, des traîtres et des assassins, pas des étudiants. Un jour, j'ai séché les cours, je suis allée, un peu par hasard, assister à un cour d'Histoire de l'Art, à la fac. Le lendemain, j'étais dans le bureau du proviseur, ma lettre de démission griffonnée sur une page de classeur, fermée comme une huître devant ses tentatives pour me persuader de rester. J'ai dit deux phrases en une demi-heure :
1) A la question "mais pourquoi, ô pourquoi, voulez-vous partir, très chère demoiselle si précieuse à nos yeux ??" j'ai répondu "parce que je ne veux pas rester".
2) Au bout d'une demi-heure (donc) de sa belle argumentation pour me faire rester, j'ai répondu : "Ok. Je peux y aller maintenant ?".
Et je suis partie. En fermant la porte, j'ai senti des ailes me pousser dans le dos, et j'ai volé jusqu'à la fac où j'ai passé 5 années d'études dans une félicité (presque) totale. J'apprenais. Tout le temps. Des choses nouvelles, passionnantes, et même pour les périodes qui ne me bottaient pas plus que ça (Art Contemporain, si tu m'entends ...) je trouvais un intérêt, parce que je nourrissais ma culture. J'en étais boulimique, mais dans le bon sens du terme (s'il peut y en avoir un). Partout où j'allais, j'ouvrais un regard différent sur le monde, les gens, l'architecture. Je "lisais" les bâtiments, et tout avait un sens. J'avais l'impression délicieuse de comprendre le monde et mes semblables, et de pouvoir m'y faire une place, moi aussi. C'était difficile, mais le challenge me bottait (peut-être pour ça que j'ai pris le directeur de recherche le plus intransigeant et le plus sévère de toute la fac, pour le défi et la beauté de la bataille intellectuelle). Ma spiritualité explosait, nourrie par ce flux de connaissances. J'avais du temps, des libertés, j'allais en forêt toutes les semaines, je prenais plaisir à m'y égarer volontairement pour ensuite guetter les signes qui me remettraient sur mon chemin, parfois à la nuit tombée. Je pratiquais énormément, je vivais en rythme avec les saisons, et même si je devais vivre dans une grande ville que je n'aimais pas la semaine, j'arrivais à trouver de la beauté partout, même dans le petit pissenlit insolent qui poussait dans la fissure du trottoir.

Mais mes économies y sont restées. Magré les bourses, les petits boulots et les aides sociales, au bout de 5 ans, je n'avais plus rien. Et puis, j'avais 22 ans, il était tout de même grand temps que je trouve un VRAI métier (oui, dans la société bien pensante qui sait tellement mieux que toi ce que tu dois faire, il y a un âge pour tout. Je choque encore des gens presque jusqu'à l'AVC quand je dis que j'ai eu le permis à 24 ans). On m'a dit que j'étais pédagogue (ce qui est vrai), à l'aise à l'oral (ce qui n'est pas faux), patiente et assidue (ce qui pourrait être vrai). On m'a dit que je serai super en instit. Que prof, c'était un métier trop cool, parce que :
"Tu te rends compte, tu bosses 4 jours par semaine, tu finis à 16h30 et t'es tout le temps en vacances !"
"Mais j'ai pas fini mon Master 2 ..."
"Mais c'est pas grave ça, avec touuuuuuut le temps libre que tu auras, tu auras laaaaaaaaargement le temps de le finir !"

Je ne suis rien qu'un sale pigeon.

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J'ai végété deux ans à l'IUFM, plante verte au fond de la classe en pleine photosynthèse, je me suis fait chier comme un rat mort parmi des étudiants cons comme des yaourts (à quelques rares exceptions près) et des profs chiants comme la neige-marron-qui-fond. En fac, j'avais 12h de cours par semaine, et j'ai engrangé en 5 ans plus de connaissances que dans tout mon cursus scolaire. Jamais je n'ai séché un seul cours, en 5 ans. En IUFM, j'avais 28h, et j'ai oublié la moitié de ce que j'avais appris dans le vide intersidéral des "cours" non préparés dispensés par des "profs" catapultés là parce qu'on ne savait pas où les mettre, et j'en séchais la moitié.  J'ai perdu deux ans dans une ville fantôme, dans un 14m2 avec deux cochons d'Inde (mes seuls rayons de soleil), à écouter tout le monde me dire : "mais oui, c'est un moment difficile à passer, mais tu verras, quand tu auras ta classe, tu feras ce que tu veux, tu seras tranquille, les profs, c'est bien connu, c'est tous des feignasses qu'on emmerde jamais !"

Mais bien sûr.

Et alors la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d'alu ... 

Je ne suis rien qu'un PUTAIN de sale pigeon de MERDE. 

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Et je suis devenue prof. Et je suis devenue conne. Moi qui adorait les tenues extravangantes (si si, les rayures ça va trèèèèès bien avec le tartan !), les colorations de cheveux improbables (si je fais un auburn par-dessus mon bleu nuit, est-ce que ça va donner un violet crépuscule ?), les chaussures importables (une chaussure blanche une chaussure noire, par exemple) (j'ai arrêté quand on m'a dit que Quentin Mosiman faisait pareil) (et je suis passée aux semelles compensées Vichy, ou jaune fluo avec des palmiers vert criard), les bonnets à oreilles de chat et les badges Guiness, j'ai dû m'habiller en gris, en noir, en maaaaarron. Faire des colorations "oui mais pas trop vous comprenez, ça perturbe les enfants" (citation qui date de cette année, adressée par une maman d'élève) (apparemment, ça va creuser un anus supplémentaire à son marmot que j'accentue mon roux). Moi qui pensait transmettre MES connaissances, MON savoir, MA méthodologie, je me suis fait claquer le tableau noir au nez.

"Mais euh ... Par contre c'est faux de dire que les guerres de religions n'ont jamais existé, vous faites quoi des Croisades ? De la Saint-Barthélémy ? De l'Inquisition ?"
"Ta gueule, c'est politique tout ça, regarde, c'est marqué dans le programme, et puis l'Inquisition, ça a pas vraiment existé."
********* HORREUR *********

"J'ai un double niveau, mais j'en ai 5 qui sont très en retard, et 2 très en avance ..."
"Et bien tu fais 9 préparations différentes, pour répondre aux besoins de chacun, il faut DI-FFE-REN-CIER !"
"Oui mais ... Dans ce cas-là pourquoi les évaluations nationales elles sont les mêmes pour tous ?"
"Ben parce qu'ils faut qu'ils soient tous au même niveau, pfffff".
********* EBAHISSEMENT *********

"Mais euh ... Dire que le roman c'est rond et le gothique c'est pointu, c'est faux, l'arc brisé était présent dans l'art roman bien avant l'émergence du gothique !"
"Ta gueule, je te dis, lis le programme !"
"Mais c'est FAUX !"
"Mais c'est pas grave enfin, on s'en fout du roman et du gothique, c'est pas ça qui va faire des élèves des citoyens éclairés !"
********* DAMNATION *********

Eclairés ?? Mais éclairés par quoi ? Les néons clignotants d'une salle de classe, les mêmes que dans les hôpitaux et les prisons ? Et nous dans tout ça ? Et bien nous, on doit être tous dans le même moule, même parti politique, mêmes opinions, même vocabulaire, même tenue vestimentaire. Vous voyez les pions dans un jeu d'échec ? Ceux qu'on met en première ligne, qu'on sacrifie à tour de bras pour sauver Roi et Reine et qui, généralement, finissent la partie en tas de chaque côté de l'échiquier ? Et bien c'est nous. Le pire dans tout ça ? C'est qu'il faudrait qu'on soit contents, qu'on dise merci et qu'on lèche les chaussures crottées de la hiéarchie à longueur de journée.

Je suis entrée en religion. Je suis une petite colombe naïve et un peu nounouille qu'on a collé dans un couvent. Petit problème, je n'ai pas la foi. Et en plus, les bandeaux me donnent mal à la tête. Alors les voiles et les masques, je vous laisse imaginer. Aïe. 

Trois ans. Cinq, si on compte les fabuleuses années d'IUFM. Cinq ans à devoir rentrer dans un moule qui n'a pas ma forme, qui me brise, qui me découpe, qui me lamine à petit feu, physiquement et mentalement. Et tout ça pour quoi ? Pour le POGNON. J'ai fait ce métier parce qu'il fallait payer des factures. Et je me retrouve à payer des frais médicaux qui me transforment en passoire humaine ("ah merde, la veine a craqué, va falloir repiquer dans l'autre bras") ("et ben, 9 piqûre en 6 jours, ça va que vous craignez pas les aiguilles, hein !") (je me dis que le tatouage, finalement, ça va être finger in the nose maintenant), et un pot de Nutella taille 800g par semaine que je boulotte en pleurant à la cuillère à soupe (je compte investir dans une louche) quand je passe mon fameux "temps libre" à faire 48 préparations. Le tout épiée par un "conseiller" qui a pour rôle de m'aider, qui fait des fautes d'orthographe plus grosses que Charlotte après une orgie d'endive Perle du Nord, et qui ne sait même pas comment je m'appelle. 

Impossible de reprendre mon Master 2, ce but si précieux, ce regret qui m'empoisonne le coeur. Du coup, cette année, mon inspecteur m'a infiltré dans le cerveau par des procédés issus du Nécronomicon proposé de me mettre à mi-temps. 

Je suis un PUTAIN de sale pigeon de MERDE unijambiste.

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Du coup, comme j'ai un loyer à payer et qu'il m'arrive de manger, d'allumer la lumière et de me chauffer (fait apparemment extraordinaire pour un instit, puisqu'il est bien connu que nous sommes tous des ascètes sans aucune vie personnelle en dehors de l'école) j'ai pris un autre "petit" job à côté (du soutien scolaire à domicile en anglais). Du coup, entre les trajets, les préparations (pour ma classe et pour mes nombreux élèves de soutien, que j'adore, mais qui, ô joie, ne sont pas deux à avoir le même niveau) (j'ai de tout, de 11 à 24 ans, et je ne suis pas du genre à me pointer sans rien à leur faire faire genre "youpi youpi les amis me voici, alors, qu'est-ce qu'on fait de beau aujourd'hui ?") (surtout que ce job-là, je l'AIME. Mais vraiment. J'aime être avec des gamins pour lesquels l'école ne marche pas, parce que je suis dans le même cas qu'eux, et je peux les comprendre), les corrections et le temps passé avec mes élèves, je travaille 56h par semaine environ (quand je gère bien). Pour un salaire total (mi-temps d'instit et soutien scolaire) de moins de 1100€ (je gagnerais plus en vidant les poubelles de mon immeuble. Et j'ai une Maîtrise Recherche et un Master Pro. C'est vachement bien, les diplômes, hien ?). Et pendant le "temps libre" qu'il me reste, oh mince alors, il est l'heure de manger/dormir/meeeerde la bibliothèque est fermée. Et mon mémoire est au point mort. C'est pas comme si, ça aussi, ça m'avait coûté du fric (les inscriptions à la fac, c'est loin d'être donné) (mais bon, tu gagnes 1€ sur les places de ciné, j'y suis allée deux fois l'année dernière, je me sens tellement rentabilisée). Et, naturellement, bien que techniquement je sois en dessous du seuil de pauvreté (certains mois je gagne 735€) je n'ai droit à aucune aide, parce que je suis FONCTIONNAIRE. Et en plus, ô tare des tares, je n'ai pas d'enfants !

Ha. Ha. Ha. La bonne blague. La collègue de ma mère, vendeuse, gagne 1200€ par mois, plus 200€ de RSA. Mais elle a un fils, elle. Cherchez l'erreur.

Je suis un PUTAIN de sale pigeon de MERDE unijambiste plumé.

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Autant dire que là-dedans ma spiritualité a pris un coup de bazooka dans les ailes (de pigeon) elle aussi. Je me suis sentie déconnectée, coupée de tout ce qui faisait qui j'étais vraiment, au plus profond de moi. Je ne célèbrais que peu, ou plus, je pratiquais dans une sorte de déprime insipide dénuée de sens, même mon autel avait fini par être juste de la déco. Ah on est loin de la fille qui courait dans les bois en détournant les chasses à courre et en faisant des câlins aux arbres, qui chopait les rainettes après les jours de pluie et leur faisait des bisous au cas où un Prince Charmant soit caché dans l'une d'elle (ça n'a jamais marché, mais j'adorais leur tronche quand je me penchais sur elles pour leur administrer le bisou magique. Et baveux) (ça endurcit le système immunitaire) (et puis de toute façon le Prince Charmant je l'ai trouvé, et il n'avait pas la gueule d'une grenouille). Celle qui n'était JAMAIS malade, qui sortait cheveux mouillés en plein hiver sans rien choper d'autre qu'un vague mal de gorge qui passait en 20 minutes, celles qui a fait deux mois de fouilles archéologiques dans une abbatiale glacée par le vent d'hiver, sur le chantier de 7h du matin à 21h, la seule en pleine forme parmi les vingt-trois autres enrhumés. Elle est devenue recroquevillée, terne, maladive.

C'est dingue, moi qui avait une santé de fer depuis que je suis dans ce boulot tout va mal. On m'a diagnostiqué une grave carence martiale pernicieuse (c'est à dire une profonde carence en fer qui entraîne anémie et autres joyeusetés) qui techniquement est une maladie qu'on détecte à la naissance, et pas à 23 ans, et je suis malade TOUT LE TEMPS. J'attrape tout. Même ne restant chez moi depuis 5 semaines, j'arrive à être enrhumée. Mais finalement, alors que je suis clouée chez moi, raide comme un parpaing, le cul plein de bleus because chouettes injections et le crâne bouilli d'anti-douleurs, ma décision est prise. 

Je dois être un PUTAIN de sale pigeon de MERDE unijambiste plumé qui s'envole loin de tout ça.

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J'ai un projet, en auto-entreprise, un peu casse-gueule mais qui me permettrait de faire (enfin) ce que j'aime, MOI, pas ce que les autres pensent que je devrais faire. Je rêve d'être cartomancienne. Je l'ai déjà fait, en fêtes médiévales, l'été, pendant les vacances, et je me suis trouvée là-dedans, vraiment. Mais on m'a dit que ce n'était pas un "vrai métier" (ah bon, parce qu'il y a des faux métiers ? En matières synthétiques vous voulez dire ? En PVC et hydrocarbures qui tuent des singes en Amazonie ?).  Evidemment, quand je suis devenue prof et que je suis allée demander si je pouvais continuer à faire les médiévales (sur mon temps de VACANCES donc) on m'a explosé de rire au nez en me disant que "ah ben non, c'est contraire à l'éthique de l'enseignant, au devoir de réserve, au principe de laïcité, au voeu de chasteté, c'est une croyance, pauvre conne !". 

Et bien la conne, elle commence à avoir la bouilloire qui siffle. Et la conne, elle a grande envie de faire ses bagages et de crier un grand merde à la face du monde. Bon, comme elle n'a pas la chance d'avoir un compte en banque aussi plein de celui de Liliane de Bétencourt, elle y va à petits pas, avec prudence, elle tâte le terrain. Mais elle sait déjà que la rentrée 2014, avec ses supers rythmes scolaires à la mords-moi l'oeil droit, elle n'en sera pas. Et même si à ce moment -là elle sera un peu dans la merde et que son banquier l'aimera un peu moins, elle rigolera bien dans son coin en regardant tous les serpents se débattre vainement dans la nasse de l'éducation. 

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05 février 2014

Donc, le 1er février, c'était Imbolc

Comme je m'en suis rendue compte un peu à la dernière minute, la préparation d'Imbolc a été faite un peu à l'instinct, et finalement c'était exactement ce qu'il me fallait je crois.

D'autant que cette année, ô joie, ô miracle, ô allégresse et cuicui dans les prairies, je n'ai pas pratiqué seule. Hallelujah ! (ou plutôt Cornes de Bouc, j'aime mieux). Mon amie apprentie sorcellière (mais déjà tellement avancée sur la Voie que finalement je n'ai pas grand chose à lui apprendre, c'est plus de l'échange d'une extrême richesse, et je suis joie jusqu'à la pointe de mes orteils bagués) est donc venue dans mon trou de Hobbit (alias mon appart) pour célébrer le renouveau de la renaissance de la vie dans son nouveau départ qui revient (on dirait un film avec Schwarzenegger). 

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Comme c'est mon rituel pour Imbolc préféré de moi et qu'en ce moment j'ai plus que jamais besoin d'un coup de pouce professionnel (veux me barrer veux me barrer veux me barreeeeer), nous avons fait une Croix de Lierre. Comme d'habitude, la lutte avec les branches de lierre fut ardue, sanglante et d'une brutalité bestiale (on en a un petit peu chié, quoi), mais nos Croix ont fini par ressembler à des Croix. Bon.
Comme symbole professionnel, vu que je ne sais pas où je vais (probablement un peu partout) j'ai mis ma carte d'étudiante (vu que je suis de nouveau étudiante, oui, tout en cumulant deux boulots je prépare aussi un mémoire, parce que je suis une SALE KAMIKAZE), un petit pot de la poudre que j'avais faite au mois d'août, et trois cartes de tarot (de mon mini Rider Waite que j'aime) qui symbolisent à mon sens ce que j'attends d'un métier (le Bateleur, la Roue et le Monde). Nous avons décoré nos Croix (mon amie avec des bandes de cuir et des rubans colorés, moi avec des rubans noirs et blancs et des perles en bois, je voulais quelque chose de "brut" cette année). Et j'ai fait des offrandes, pendant que mon amie faisait de même (je retrouve des lentilles encore aujourd'hui un peu partout dans mon appart) (les aléas de la pratique en intérieur) (merci vertèbres). 
Le soir, on a passé la soirée à se bâfrer de crêpes un peu loupées mais bonnes quand même tartinées d'une couche indescente de Nutella (mon amie et moi étant végétariennes, il faut bien qu'on trouve notre mauvais cholestérol quelque part) (et notre mauvaise foi, aussi) (oui, l'huile de palme ça fait mourir les grands singes, mais je me dis que vu mon régime alimentaire, pour un orang-outan tué, dix-huit poulets non consommés) (alors faisez-moi-pas-chier-avec-l'huile-de-palme) (bordel)

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J'ai accroché ma Croix au-dessus de mon autel, où j'avais préparé un berceau à ma petite brideàg, avec Tartanpion et une pierre issue de l'Hôtié de Viviane à Brocéliande), dans une moitié de noix de coco posée sur mon mini-chaudron rempli d'offrandes. Et le lendemain, j'ai senti que ma Croix n'était pas terminée, que je devais lui ajouter des choses. J'y ai accroché des plumes (de pigeon pour les messages, tourterelle pour le changement, et corbeau pour la sagesse), mon collier de baies de sorbier et une rune, ma rune, que j'ai tracée sur une rondelle de chêne bêtement percée d'un coup de clou (et je ne me suis même pas tapé sur les doigts avec mon marteau, je fais de très nets progrès en bricolage de rondelles de chêne). 

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Imbolc n'est pas encore terminé, je sens qu'il me reste encore des choses à faire (notamment au niveau des offrandes et de la dévotion, je sens qu'il me reste encore du boulot), mais j'aime cette période, cet espoir d'un printemps que l'on n'a pas eu l'an dernier et qui m'a terriblement manqué, et finalement je laisse les choses venir, au fur et à mesure ...

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29 janvier 2014

Le Tarot Noir - ou, histoire d'une synchronicité de ouf malade

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Il y a quelques temps, Löu (encore elle, oui, on va croire que je copie sur elle comme une mauvaise élève, alors que tout ça c'est de la faute de ces farceuses de Nornes tisseuses d'un destin tout tordu) parlait sur son blog d'un tarot qu'elle venait fraîchement d'acquérir, le Tarot Noir. Il faut dire qu'il m'avait tapé dans l'oeil aussi et que du coup il s'était retrouvé depuis un moment dans ma (longue) liste d'envies tarotesques chez tonton Amazon. Mais je le trouvais un peu cher. Donc j'avais attendu, même si le post de Löu agrémenté de ses photos avait réveillé la Bête Collectionneuse Avec Plein de Pattes Partout (BCAPPP) qui sommeille quelque part entre ma rate et mon occiput. 

Et puis ma colonne vertébrale a fait une rave party, un very bad trip fort sinueux (je vous ai assez bassiné avec mes histoire de dos à angle droit pour vous dégoûter à tout jamais de la trigonométrie) (je peux presque calculer la valeur du carré de mon hypoténuse maintenant), tout le monde a eu pitié du grand déchet pourri que je suis devenu pour l'espèce humaine, et les gens qui m'aimaient encore malgré ma démarche d'octogénaire paraplégique et ma tronche moisie qui n'a pas vu la lumière du jour depuis trois semaines (aaaaarrrrgggghhhh) m'ont consolée de mon triste sort en me faisant des cadeaux (comme quand j'étais petite, et que mon papa m'offrait un Petit Poney à chaque angine) (j'avais même eu le poney Princesse pour ma scarlatine). Mon amie sorcellerière et mon barbichu m'ont offert les deux tomes de la BD des Petits Poneys (angine à 6 ans, lombalgie à 27, même combat), ma maman m'a ramené une jacinthe pour sentir bon et amener un peu de nature dans ma chambre que je ne suis pas censée quitter (mais je suis une sale gosse très désobéissante), et mon papa m'a offert un ballotin de mendiants au chocolat à lait (parce qu'il trouvait le jeu de mot rigolo, le fourbe) et ... un Tarot. Et ce Tarot, c'était, je vous laisse le deviner (roulement de tambour, respirations contenues dans le public oppressé par le suspens et rendu fou d'attente pour la révélation tant attendue ...).

Le Tarot Noir.

La vie, c'est dingue.

Et c'est marrant, parce que ce n'est pas un jeu dont j'avais beaucoup entendu parler (bon, il est récent aussi, ceci explique peut-être cela), mais mon père a été interpelé par le sous-titre ô combien alléchant pour la médiéviste que j'étais tente de redevenir : "Imagerie médiévale populaire". Miam miam miam.

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 Le contenu du coffret. Miam miam miam miam miam
(pour ceux et celles qui se poseraient la question, NON, il n'est pas livré avec des bois de chevreuil et une fiole en métal, c'est juste pour la photo, hein)

Comme je vais faire une vidéo pour aller avec cet article je ne vais pas vous faire une review écrite très longue (là je suis en train de mentir, mais je ne le savais pas encore), mais pour ceux qui voudraient s'épargner ma voix de fausset et mon cou de poulet mal cadré, voici mes premières impressions :

- J'aime d'amour. Le coffret noir, sobre, le livret aux pages noires avec les textes en jaune-doré (ça m'a rappelé le très bon recueil des "Contes Macabres" d'Edgar Alan Poe (que j'aime d'un amour infini et déraisonné) illustré par Benjamin Lacombe (que j'aime d'amour aussi), où chaque conte est alternativement écrit en noir sur blanc ou en blanc sur noir). C'est d'un romantisme noir, gothique (mais dans le "vrai" sens du terme) (dont XIXème, pas mécheux qui vomit du métal dans un micro qui sature), précieux, atypique, et, fait un peu décalé mais indispensable pour toute bigleuse qui se respecte (suivez mon regard), je trouve ça très reposant à lire.
Les cartes sont un peu grandes, mais elles sont tellement belles que c'est un détail qui n'a que peu d'importance. Et leur tranche est dorée, bordel , DORÉE ! Et ça, vraiment, j'adore, ça fait soigné jusqu'au bout, précieux, comme les livres en cuir de chevreau de François Beauval.

- Les cartes sont superbes. Bon, pour connaître bien l'imagerie médiévale populaire (j'en ai bouffé pendant 5 ans), j'avoue que l'iconographie est plus proche de la Renaissance voire même du retour au gothique opéré au XIXème siècle par le mouvement romantique, mais vraiment je suis conquise. Il a un côté Tim Burtonien, oui, comme le disait Löu, mais pas seulement, je retrouve aussi du Elian Black'mor et du Carine M (je viens de lire l'Epouvantable Encyclopédie des Fantômes et punaise que ça m'y a fait penser !). C'est plus qu'un style, c'est une ambiance, une atmosphère qui s'en dégage. C'est sombre, macabre, morbide, mais tellement élégant, délicat, précieux. C'est un Dracula en cape de soie. Le glauque dans toute sa beauté dérangeante. Ce jeu est beau comme une gargouille. Tenez, regardez quelques lames :

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 (de gauche à droite et de haut en bas) Le Pape, La Lune, Le Diable, La Force, La Roue, L'Ermite, la Lame XIII et l'Etoile.

- L'iconographie est basée sur le Marseille, à quelques rares exceptions près (on retrouve le cavalier du Rider-Waite sur la carte du Soleil, les visages humains sur les chevaux du Chariot ne sont pas sans rappeler les Sphinx du Rider-Waite ...). Donc oui, c'est un Marseille, mais pas que !

- Quelques détails m'ont fait sourire (ils seront développés dans la vidéo) (si je tiens assise assez longtemps), comme les noms des concepteurs et la date de conception du jeu dans une bannière du deux de deniers (clin d'oeil aux devises présentes dans les bannières des arcanes mineurs des Tarots les plus anciens, comme mon cher Visconti-Sforza), le fait que les deux individus aux pieds du Pape soient des moutons (je le vois comme un conseil, de ne pas suivre un mentor aveuglément, tout sage qu'il soit), et plein de petites choses de ce genre qui me plaisent de plus en plus au fur et à mesure de cette découverte (ça se voit que je suis gaga ou pas ?).

- Le dos des cartes est très beau également, une fleur évoquant un chardon (j'ai pensé tout de suite à William Wallace, et donc à Mel Gibson en Kilt, je croix que j'ai vu Braveheart un peu trop souvent) dans une mandorle, forme de mise en valeur effectivement très prisée à l'époque gothique (utilisée énormément pour les Christ en Majesté, par exemple).

En conclusion, ce Tarot n'est pas un Tarot médiéval tel que l'on pourrait l'imaginer (en même temps, le terme est tellement vague, cette époque tellement complexe, son iconographie tellement riche et diversifiée), plutôt un Tarot gothique (toujours dans le sens historiographique du terme, hein, je ne dis pas que c'est un jeu pour adorateurs de l'utilisation abusive d'eye-liner noir qui bave) vraiment original et atypique, que les amateurs de l'art de cette époque aimeront voir réinterprété de cette façon avec une belle modernité.
Vraiment un gros gros coup de coeur. Je ne suis qu'amour.

Pour la review des cartes, leur iconographie et les sensations que j'en ai, j'ai la grande désolation de vous annoncer que vous allez devoir vous farcir ma tête coupée et ma voix digne de Jean-Michel Voidechiotte pour en savoir plus. Mes condoléances à vos oreilles.

Posté par Lyra Ceoltoir à 16:57 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
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